dimanche 15 mai 2016

En route vers les anneaux de Neptune et ses « Terres d’ailleurs »…

Parti pour un voyage intemporel, André Brahic nous a quittés en ce dimanche de la Pentecôte. Trop tôt, toujours trop tôt, pour nous vivants. Je l’avais connu lors d’une – brillante – présentation, il y a quelques années, dans le cadre de Conférences expérimentales organisées par Dominique Bonin de l’ESPCI à Paris.
Plus récemment, il y a un an à peine, je lisais, avec la passion que l’on me connaît, son magnifique livre, co-écrit avec Bradford Smith, Terres d’ailleurs  À la recherche de la vie dans l’Univers. Nous avions, à cette occasion, échangé par mail. Comment ne pas retranscrire ici l’une de ses phrases, tellement optimiste, lui qui rayonnait d’enthousiasme : « Nous avons simplement la chance de vivre à une époque merveilleuse et de connaître des progrès de la science rapides et impressionnants. »
Je reste convaincu que dans ce voyage intemporel qu’il vient d’entreprendre il trouvera la vie…


 (André Brahic avait déjà été évoqué dans l’un de mes précédents billets, intitulé Au fil de mes lectures…, daté de juin 2015.)

mardi 19 avril 2016

Le Temps retrouvé

Le Temps retrouvé, sans doute le plus beau livre de À la Recherche du temps perdu de Proust. Livre qui se mérite, puisqu’il convient de lire auparavant tous les ouvrages précédents de l’auteur, pour qui le souvenir est le mot clé de toute son œuvre. Relu, pour une partie, près de cinquante ans après une première et ô combien heureuse découverte, il m’a fallu, sans me presser, seize mois pour parvenir, non sans quelque tristesse, à terminer cette captivante lecture. Au point même de reculer jour après jour l’issue fatale, que j’avais du mal à accepter, tant je me sentais bien au milieu de ces lignes, de ces phrases colorées, imagées, vibrantes, dont la musique mélodieuse charmait mes oreilles. Ce fut un bonheur durable, une sorte de bien-être que de vivre de concert, de partager avec l’écrivain exubérant cette inépuisable moisson de souvenirs. Tout comme ses descriptions d’une époque à jamais révolue. Comme l’écrit justement Pierre-Louis Rey dans la préface de ce dernier volume (Folio classique) : «  le héros ne vit plus dans le temps, le temps vit en lui. »

Je ne reviendrai pas sur cette magie du souvenir que j’ai en partie évoquée dans de précédents billets. Ce qui m’a en outre interpellé dans ce dernier tome, ce fut de découvrir les interrogations du jeune Proust sur la passion qu’il sentait couver en lui pour l’écriture. Tout comme ses doutes. « Le seul livre vrai, un grand écrivain n’a pas, dans le sens courant, à l’inventer puisqu’il existe déjà en chacun de nous, mais à le traduire. Les devoirs et la tâche d’un écrivain sont ceux d’un traducteur. » (…) « Le style pour l’écrivain aussi bien que la couleur pour le peintre est une question non de technique mais de vision. »


À relire ces phrases pour les partager avec vous, lecteurs anonymes, je ne réalise que trop la dimension exceptionnelle de ce génie de l’écriture, et combien il m’a envoûté, et continuera de me fasciner, de m’enchanter des années encore.


lundi 29 février 2016

Vivre ses rêves

Qui n’a jamais eu envie d’aller au bout de ses rêves ?
                        Oui, jusqu’au bout. Le plus loin, loin possible !

Après avoir arpenté quatre décennies durant cette Terre ô combien magnifique, après avoir porté mes pas presque aux quatre coins de notre planète, tant vers l’est que vers l’ouest, le nord comme le sud, il me reste encore un rêve à réaliser, et non des moindres. Aller jusqu’aux derniers confins du globe, vers ces terres ultimes – du moins où il est permis d’aller –. Distantes de plus de 143 degrés du nord au sud, soit un peu plus de seize mille kilomètres en ligne droite, ces deux régions extrêmes se nomment Svalbard pour l’une et Péninsule Antarctique pour l’autre. Oui, un rêve fou, à peine croyable, mais devenu à présent une réalité. Enfant – je n’avais pas dix ans – je désirai ardemment devenir cosmonaute pour aller « marcher sur la Lune ». Hélas, bien vite, je dus déchanter, ma mère m’expliquant, alors que j’étais en larmes, qu’il ne fallait pas trop rêver et rester un brin réaliste ! Rêver… Mais, à défaut de notre satellite, je pourrais alors « marcher sur notre Terre » ?

Combiner sur une année l’approche du pôle Nord en allant fouler, durant le court été boréal, le vaste archipel du Svalbard et son île principale du Spitzberg, distants du pôle de mille trois cent kilomètres, dépassant ainsi les 78° degrés de latitude nord. Puis, attendant l’été austral, me diriger plein sud, prendre un bateau à Ushuaïa, en Terre de Feu, la ville la plus extrême de l’hémisphère sud, pour traverser le tumultueux Passage de Drake de façon à gagner la Péninsule Antarctique. Vu l’étendue de ce sixième continent et les conditions climatiques extrêmes qui y règnent, il n’est guère possible, à moins d’être chercheur ou scientifique, de s’aventurer au-delà du 65ème parallèle. Si j’ai depuis longtemps largement dépassé les 290° degrés d’est en ouest (ou vice versa), ces 143° degrés nord-sud ne sont sans m’impressionner.

Oui, vivre ses rêves !

Devant moi, tandis que le printemps approche, j’ai de belles semaines avant le premier départ, plusieurs mois avant le second, pour imaginer ce que vont que me révéler ces territoires réputés hostiles, froids, mais surtout, pour le passionné de paysages que je suis, 100% minéral ! Car j’ai une réelle et entière – folle diront certains – attirance pour les décors vides, désolés, austères, ces étendues planes ou montueuses où la matière règne en maîtresse absolue. Déserts de sable, de cailloux ou de roches, dunes fascinantes que l’on désire ardemment gravir pour embrasser ensuite des horizons sans fin. Hauts massifs aux sommets majestueux couverts de neige immaculée où de gigantesques glaciers blancs-bleutés s’accrochent avec autant de noblesse que d’arrogance. Cols réputés infranchissables mais à l’approche desquels des pistes sinueuses, défiant le vide, vous ouvrent de nouveaux panoramas  encore plus fabuleux. Tout cela je l’ai vu, revu, m’en suis gorgé jusqu’à plus soif mais sans jamais m’en sentir blasé, non, jamais. L’ivresse de ces infinis tant horizontaux que verticaux où règnent en majesté la matière brute, le sable blond ou gris, les neiges et les glaces aux teintes iridescentes, ces mondes le plus souvent immobiles et silencieux n’ont cessé depuis mon enfance de m’attirer, de m’émerveiller, de me subjuguer.

Comme il est bon de rêver…et de partager ses songes.


samedi 23 janvier 2016

Trois mois

Trois mois, trois mois déjà depuis mon dernier billet…
Pourtant, ce blog existe toujours et continuera d’être alimenté, nourri de mots, de phrases, de réflexions, de pensées, de partages.
Les tragiques événements survenus à Paris en novembre ne sont pas étrangers à ce long silence. Après le choc, l’effroi, la douleur ressentie, l’incompréhension également, il y eut une longue période pendant laquelle je fus incapable d’écrire le moindre mot. Il y eut ces couchers interminables où je ne parvenais pas à trouver le sommeil tant les rares images que j’avais accepté de regarder ne cessaient de passer en boucle devant mes yeux mi-clos. Puis, quand je finissais par m’assoupir, le moindre bruit me réveillait avec à nouveau ce cortège d’images insoutenables. Enfin, il y avait les miens que je sentais pareillement bouleversés, ébranlés, tourmentés, inquiets dans leur quotidien.
Il m’a fallu des semaines pour retrouver quelque sérénité. Oui, le temps, le temps qui passe.

Mais voilà qu’aujourd’hui je réussis à reprendre le fil, bien que timidement, maladroitement peut-être, de mes billets.
J’ai continué à lire des livres. Je suis parvenu à reprendre l’écriture de cet ouvrage, quelque peu autobiographique, destiné à ma descendance et qui tente de lui expliquer ma soif, mon appétit de connaissances, comme son titre le révélera.
J’ai aussi retraversé un océan, une nouvelle fois, dans les deux sens.
Enfin, j’ai élaboré de nouveaux projets de voyages qui m’emmèneront bientôt jusqu’aux confins de la Terre… Un futur livre est en gestation. Son titre semble d’ores et déjà acquis.

C’est encore l’hiver, une courte vague de froid vient de nous le rappeler. Mais, insensiblement – et la durée des jours s’allongeant nous le prouve – le printemps s’approche. La vie va renaître et nos espoirs tout autant.

I wish you still be here !

"Le temps discipline la douleur, il ne l'efface jamais." (Source)

vendredi 23 octobre 2015

À portée de main…


À portée de main, oui, mais quoi ?
L’Univers, tout simplement !

Je termine, après tout juste trois petites semaines de lecture, ce passionnant récit, ces « expériences de pensée » comme les appelle le brillant et jeune auteur, Christophe Galfard. Et, prouesse supplémentaire, en tout et pour tout, une seule équation, mais la plus connue, la plus universelle E=mc2.
Résumons et « déstygmatisons », ou mieux, dédramatisons ce vaste sujet, ces deux piliers de la science contemporaine que sont la cosmologie et la physique quantique. Mais déjà je vois des mains qui se lèvent, des regards qui partent vers le ciel ! Non, non, je puis vous l’assurer, même si vous n’avez qu’une vague connaissance de ces deux domaines, voire aucune notion, ce voyage « par la pensée » que nous propose l’auteur vous permettra, une fois parvenu à la toute dernière page de ce « livre de voyage », de prétendre avoir une vue plus claire et ô combien plus riche du monde qui nous entoure, de l’infiniment grand jusqu'à l’infiniment petit, jusqu'à des échelles que vous ne vous soupçonnez même pas.
Oui, j’ose le dire, le texte est d’un abord facile, l’accès à ce voyage aisé, surtout accompagné d’une main de maître, à la façon de ces vieux professeurs de notre enfance qui s’assuraient de notre parfaite compréhension avant de passer au chapitre suivant.
                                                         
Avant, vous ignoriez tout du cosmos, jusqu'à ses marches les plus lointaines, et tout autant des briques élémentaires de la matière, celles dont nous sommes constitués. Après, c’est presque avec le sourire, et probablement une certaine émotion, que vous regarderez le ciel nocturne (suffisamment loin de nos villes saturées de lumière), tout comme vous prendrez votre tasse de café en vous demandant pourquoi elle tient dans votre main, tout comme le café à l’intérieur (avant qu’il ne soit trop froid !).

Oui, partez, partez en toute confiance pour ce voyage inédit dont vous serez le passager privilégié !

(L'Univers à portée de main  Christophe Galfard  440 pages)




jeudi 17 septembre 2015

Tangerine Dreams


C’est un phénomène récurrent, curieux, quelque peu dérangeant, non sans charme.
À chaque retour de voyage lointain, surtout lorsque le pays découvert sort des sentiers battus – cette fois la Namibie –, toutes mes nuits, pendant plus d’une dizaine de jours, sont emplies de rêves étranges. Je me retrouve systématiquement plongé au sein des paysages, le plus souvent grandioses et fascinants, que j’ai quittés il y a peu. Et j’ai beau m’éveiller au milieu de la nuit, me lever même, dès que je replonge dans les draps, je suis à nouveau happé par ces panoramas gigantesques et défiant l’imagination.

Cette fois, ce sont les immenses dunes de Sossuvlei, au sud-ouest du pays, en plein milieu de l’imposant parc national du Namib Naukluft Park (le troisième d’Afrique, avec une superficie correspondant à près de dix pour cent de celle de notre pays !), qui ne cessent de m’assaillir. Il faut dire que le décor est unique et la palette de couleurs des plus surprenantes avec une dominante tangerine. C’est le plus ancien désert de la planète, son âge remontant à quatre-vingts millions d’années. Mais laissez-moi vous conter ma découverte de Sossusvlei et vous comprendrez sans doute pourquoi mes nuits en sont hantées.


La veille, j’avais eu la chance de pouvoir survoler, plus deux heures durant, dans un petit avion, une partie de cette vaste région située au sud de Swakopmund et de Walvis Bay. Je n’ignorais rien des teintes extraordinaires dont se parait le paysage, tant à l’intérieur des terres que sur la côte, là où les interminables dunes, blondes en cet endroit, viennent mourir au bord de l’océan, paradis pour les colonies d’otaries à fourrure ou encore les flamants roses qui profitent des rares lagunes.

Le réveil avait eu lieu avant l’aurore, le site ouvrant à sept heures, et les fameuses éminences se trouvaient à plus de soixante-cinq kilomètres du lodge fabuleux où j’avais passé la nuit. Le soleil se levait peu après six heures et ses premiers rayons avaient du mal à percer une brume qui stagnait au pied des massifs de granit aux formes bizarres. Les arbres desséchés tendaient leurs ramures noueuses vers le ciel et l'on pouvait parfois repérer quelques animaux sauvages, oryx, springboks notamment, broutant paisiblement alentour. Une fois la porte d’accès franchie, les premières dunes apparurent au bout d’une quinzaine de kilomètres, sur la gauche d’abord, puis des deux côtés. De véritables collines de sable de plus en plus élevées, tandis que les massifs rocheux avaient fini par disparaître complètement. La piste, goudronnée sur presque tout sa longueur de façon à éviter les nuages de poussière qui auraient pu masquer le paysage (nous n’étions pas les seuls sur cette route rectiligne !), se terminait à quelques kilomètres du site proprement dit. Au-delà, seuls de puissants 4x4 pouvaient s’aventurer car ce n’était plus que du sable.
À mi-chemin, surprise ! Une barrière de brume, nuage blanc, vaporeux mais opaque, flottait dans la vallée formée entre les deux murailles de sable ocre. Elle provenait, comme souvent chaque matin, de l’océan pourtant assez éloigné. Le courant froid du Benguela créait, à l’approche du désert, cette nuée humide, indispensable à la faune et à la rare flore. Je craignais cependant de la voir occulter les plus belles dunes, mais le guide me rassura. D'ici peu, elle s’évaporerait comme par magie. D'ailleurs, il n’était pas rare d’apercevoir, dépassant de lambeaux cotonneux horizontaux, les cimes altières et silencieuses.

Plus l’on se rapprochait du but, plus les dunes s’élevaient pour atteindre, voire dépasser les trois cent mètres d’altitude. Leurs lignes étaient pures, sobres, sublimes de beauté. L’orange tranchait sur un ciel de plus en plus bleu. C’était un émerveillement. J’avais eu le bonheur, par le passé, de découvrir celles du désert de Gobi. Mais, comme bien souvent lorsque nous contemplons les joyaux de la nature, aucun ne se ressemble. Il existe toujours une différence, même infime. Là, un panorama différent, ici une nuance propre, là encore un relief anormal ou inattendu. Le Gobi n’a pas les mêmes teintes de sable, l’approche est sensiblement différente, les cieux sont autres. Et il en est pareillement pour bien d’autres régions désertiques de notre Terre. Après une dernière portion de piste des plus chaotiques, où il eut été imprudent de s’arrêter car l’ensablement du véhicule aurait été fatal, celui-ci s’immobilisa sur un terre-plein calcaire ferme et solide. Face à moi, une des plus hautes dunes, la Big Daddy, dont la crête culmine à 325 mètres. Colossale, majestueuse, solennelle, il fallait une bonne dose d’audace pour oser l’affronter. Allais-je en être capable, moi qui avais tant souffert pour parvenir au sommet de la Khongorin Els en Mongolie, d’une hauteur à peu près équivalente ? La chaleur n’avait pas encore envahi le désert, quelques derniers lambeaux de brume cachaient parfois un soleil timide. Je me lançai.

La montée fut longue, haletante, épuisante parfois. À la différence de la dune mongole que j’avais attaquée de front, bien que par amples zigzag, mais qui m’avait éreintés au plus haut point jusqu'à douter de parvenir à en atteindre le sommet, celle-ci s’attaquait par la crête, étroite bande de sable de trente centimètres de largeur au maximum, avec des à-pics plutôt vertigineux de part et d’autre. Mais je restai confiant, suivant du regard ceux qui me précédaient de quelques dizaines de mètres. Pourtant quel effort que de mettre un pied devant l’autre, davantage lorsque celui-ci glissait sur cette matière instable, meuble, fuyante, reculant même. Là-bas, devant moi, mais loin encore, la cime me paraissait ne jamais se rapprocher. Des haltes de plus en plus fréquentes, un cœur qui battait la chamade, un léger et rafraîchissant zéphyr mais qui, au niveau du sol, soulevait le sable qui pénétrait dans mes brodequins, les alourdissant. Je me donnais, naïvement, des buts, des étapes, un creux dans la dune quelques mètres plus avant, une forme curieuse de la crête. Tout était prétexte pour me faire avancer car je voulais l’atteindre ce sommet. J’évitais même de lever trop haut le regard pour savourer pleinement la vue une fois le défi relevé.

Enfin, au prix d’un dernier effort, à bout de souffle, je me laissai choir. Assis presque confortablement sur ce tas de sable aux dimensions démesurées, je pus enfin jouir d’un spectacle unique. Tout autour de moi, sur 360°, une mer de dunes, des vagues de sable immobiles, à perte de vue, une houle figée. Toutes avaient cette teinte tangerine extraordinaire. En bas, de curieuses cuvettes au fond plat, toutes blanches, vestiges de lagunes anciennes qui parfois, mais si rarement lorsqu'il pleuvait, se remplissaient, avant que l’eau ne finisse par s’évaporer sous les ardents rayons du soleil. Muet, apaisé, calme, je savourais un bonheur indéfinissable. J’avais réussi. Je ne ressentais aucune fierté, juste cette joie intérieure, la même qui souvent me saisit, face à un décor de hautes montagnes,  à un cirque glaciaire, au milieu d’un champ de neige vierge et immaculé, partout où la nature est brute, entière, minérale.

Il me fallait à présent redescendre. Je m’étais déjà interrogé lors de l’ascension car je n’avais aperçu aucune trace de pas ni aucune silhouette sur les flancs du géant. Le guide m’indiqua la grande lagune asséchée en contrebas, vaste surface oblongue et éclatante de blancheur. Oui, mais, comment y parvenir ? Tout simplement,  me répondit-il, en se laissant descendre à pied, et en faisant de grandes enjambées. Et vous entendrez ainsi chanter la dune, ajouta-t-il ! Effectivement. Je me laissai happer par le vide, mais sans appréhension aucune, la gravité et le poids de mon corps m’attirant vers l’éblouissant joyau. En dévalant la pente, le sable que j’entraînais sous mes pas faisait un bruit curieux,  un ronronnement sourd, comme si la dune elle-même m’accompagnait, m’encourageait. Je compris alors qu’aucune trace de pas ne pouvait subsister, le sable en dégoulinant effaçait tout. En me retournant à mi pente, réalisant la taille impressionnante de cette masse pulvérulente, je fus subjugué par la taille minuscule des autres aventuriers qui me suivaient. La dune restait intacte, vierge, avalant, absorbant presque les petits humains que nous étions.

Arrivé au bord du vlei, ce lac immobile à la surface de calcaire et de gypse, il me restait encore pas loin d’un kilomètre pour atteindre l’autre rive. Mais je n’étais pas au bout de mes surprises car surgirent peu à peu  de drôles de formes, sortes de squelettes ou de spectres noirs, plantés à même le sol. Jadis, il y a bien longtemps, une rivière coulait en cet endroit et avait formé des étangs, des marécages. Puis le vent avait soulevé les sables d’or, formant ces dunes prodigieuses. Le cours d’eau fut bloqué et dut emprunter un autre chemin. Les lacs s’asséchèrent, les arbres qui y avaient pris racine moururent, mais restèrent debout, leurs pieds et leurs racines immobilisés pour l’éternité dans cette gangue coagulée. On évalue leur âge à six siècles. Le spectacle que je découvris en me retournant dépassait l’entendement. Ces arbres noir anthracite aux branches dont certaines n’étaient plus que de tristes moignons, surgissant de cette surface figée, d’un blanc étincelant, avec comme fond de décor la dune orange dont la crête se détachait sur un ciel d’un bleu intense, formaient un ensemble quasi mystique.

Comment empêcher son esprit, la nuit, une fois rentré dans son pays, de ne pas repartir vers ces univers fantastiques et replonger dans les Tangerine Dreams… ?


(Ne pas hésiter à aller consulter, via un moteur de recherche, les sites de Sossusvlei et de Namib Naukluft Park)

samedi 29 août 2015

Prochain envol...

La sortie d'un nouveau livre est non seulement une étape majeure dans la vie d'un auteur mais également une période chargée d'intense exaltation. 
Il est cependant d'autres phases non moins grisantes, telles celle où l'on met une date et un lieu à la toute dernière page du récit ou encore celle de la réception du BAT (Bon à tirer), l'exemplaire adressé par l'imprimeur et pour lequel vous devez donner votre accord.
J'ai déjà vécu les deux premières, celle du BAT étant toute récente, et suis désormais dans l'attente fébrile des cinquante premiers exemplaires de ce nouveau récit retraçant mes aventures au Chili et à l'île de Pâques, mieux nommée Rapa Nui. 
Mais "Au pays des extrêmes  Chili  Rapa Nui" est déjà présent sur mon site www.calamasol.fr et l'émotion ressentie à la vision de tous ces ouvrages me laisse rêveur...

Recevrai-je ces livres tant chéris avant mon prochain envol ? Rien n'est moins sûr, celui-ci intervenant dans un peu moins de trois jours, et nous sommes en week-end.
Mais envol vers où cette fois... ?

Une fois de plus vers une destination aussi étrange qu'improbable, située en ligne droite à quelques huit mille kilomètres plein sud (pour sa capitale, Windhoek), la Namibie.
Pourquoi ce pays ? A cela, plusieurs raisons bien sûr.
Cette "envie" remonte à plusieurs années, suite d'abord à deux voyages effectués en Afrique du sud en tant qu'accompagnateur de groupes et qui m'avaient également permis d'aller jusqu'aux chutes Victoria au Zimbabwe. Lors du premier voyage, j'avais eu la chance d'être à la place de droite - celle du copilote - dans un petit bimoteur, ce qui me permit de jouir d'une vue exceptionnelle. Nous avions survolé l'est du Botswana, pays qui ne me disait pas grand-chose à l'époque, si ce n'était par l'existence du delta de l'Okavango. Prenant une carte en main, je découvris alors ce pays qui m'était totalement inconnu, la Namibie, à l'exception de sa légendaire Skeleton Coast. Plus jeune, un autre nom de cette contrée avait déjà attiré mon attention, le Kalahari, une zone particulièrement aride mais surtout la plus grande étendue de sable au monde. On devinera enfin sans peine, au vu de mes récents voyages, avec notamment la découverte du fabuleux désert d'Atacama au nord du Chili, ce qui me fit définitivement opter pour ce pays peu connu dont la surface fait une fois et demie la France. D'autant qu'il recèle le plus ancien désert de la planète, celui du Namib, son origine remontant à quatre-vingt millions d'années.

Me voilà donc en route pour une prochaine aventure, toute aussi riche, je n'en doute pas, que celles vécues en Asie centrale ou plus récemment, donc, vers le Chili, avec cette Patagonie qui est loin de m'avoir laissé indemne, comme j'ai largement tenté de le prouver au cours du long chapitre consacré à cette région dans mon dernier ouvrage.
Ukukubona !
("A bientôt", sauf erreur, en zoulou/khosa !)