samedi 14 février 2015

Jouissance cérébrale et intellectuelle

Sans doute quelques journées, pas forcément ensoleillées, sur le belles pentes neigeuses d'une jolie station savoyarde, ont-elles contribué à aérer, décongestionner mes neurones et autres liaisons synaptiques !

Le fait est que depuis mon retour vers la capitale, j'ai vécu de bons, riches et intenses moments.
Il y eut d'abord cette conférence du CNAM à Paris, que j'avais loupée, mais que je ne voulais à aucun prix manquer et que j'ai pu voir en vidéo sur le site de cette vénérable institution. Je n'en connaissais pas l'intervenant, mais le sujet qu'il abordait, les univers multiples ou multivers, me passionnait depuis longtemps. Très à l'aise dans la façon de s'exprimer, Aurélien Barrau, jeune quadragénaire au cheveux longs, est professeur à l'université Joseph Fourrier de Grenoble et chercheur au Laboratoire de physique subatomique et de cosmologie au CNRS. J'eus rapidement la grande satisfaction de constater que vingt années de lectures, conférences, cours au Collège de France sur ces deux piliers de la physique contemporaine que sont la cosmologie et la physique quantique, avaient porté leurs fruits et que je n'étais pas si perdu que cela dans ces domaines malgré tout assez complexes. La verve et l'élocution brillante d'Aurélien Barrau, largement partagées par l'auditoire, eurent quelques points forts qui me comblèrent à l'image de deux suivants que je vais évoquer brièvement.

D'abord, il nous est impossible de voir notre Univers au-delà d'une certaine distance, cette limite étant de nature physique et non pas technique. Intervient là la notion d'horizon cosmologique. De la même manière que l'on regarde l'horizon sur une plage, il nous est possible de voir plus loin si l'on se hisse sur le mat d'un bateau, ou si l'on monte au sommet d'une montagne qui borderait cette mer. Mais on aura beau monter encore plus haut, il y aura un moment où, quoi que l'on fasse, on ne pourra voir au-delà de la courbure de la terre. Comme le conférencier le faisait judicieusement remarquer, même avec la meilleure longue vue, et si haut soit-on sur la côte atlantique, on ne verra jamais le Cap Horn ! Le raisonnement est identique pour l'horizon cosmologique et la distance la plus éloignée que nos plus puissants télescopes permettent de "voir" est de dix milliards d'année-lumière (faites le calcul en prenant la vitesse de la lumière en kilomètres par seconde, ça fait beaucoup !) Comme l'écrit l'auteur dans son livre "Des univers multiples" publié chez Dunod en 2014, "L'Univers est extraordinairement grand ! Il est absolument gigantesque (...) Il est donc vraisemblablement beaucoup, beaucoup plus grand que ce qui est observable. Mais est-il infini pour autant ? Ce n'est pas acquis..."

Changeons d'échelle et intéressons-nous brièvement à la notion du fameux Big Bang. Que de fois n'ai-je pas été interpellé sous la forme de cette question : "Mais qu'y avait-il avant le Big Bang ?" Presque -trop même- naïvement, je répondais que cette question n'avait aucun sens, laissant mon interlocuteur sur sa faim, me demandant même s'il ne doutait pas des connaissances que j'avais acquisses depuis des années ! Mais lorsque Aurélien Barrau évoqua devant l'assistance cette même interrogation, sa réponse fut identique. Mieux, il en donna une image que je suis heureux de reproduire ici même et qui devrait clore ce stérile débat. Imaginez, disait-il, un explorateur qui arrive au pôle Nord et à qui l'on pose la question : "Mais qu'y a-t-il au nord du pôle Nord ?" Cette question vous en conviendrez, n'a aucun sens et est du même ordre que celle concernant l'avant du Big Bang.

Autre moment fort de la semaine, le cours de Stanislas Dehaene, titulaire de la chaire de psychologie expérimentale au Collège de France et dont je suis les cours avec passion depuis plusieurs années. Le thème du cours de cette année est Fondements cognitifs des apprentissages scolaires. En tant que père et grand-père, j'ai déjà recommandé à mes filles déjà mamans de regarder tout ou partie des premiers cours, tant les capacités intellectuelles (langage comme calcul) de nos jeunes bambins sont extraordinaires !
Mais celui de cette semaine traitait d'un sujet qui m'est cher, et depuis très longtemps, le sommeil ! Pour parler de façon familière, je "buvais du petit lait" ! Cela fait en effet plus de quarante ans que je mets à profit le sommeil pour retenir, mémoriser de façon durable (attention, je ne dis pas apprendre), des faits ou des choses acquises durant la journée, à commencer par les nombreuses langues étrangères grâce à l'excellente méthode Assimil. Plus récemment, avant de m'endormir, je me suis mis à balayer rapidement les notions, informations, mots peu usuels, etc. acquis au cours de la journée. Ceux-ci se retrouvaient dès le lendemain fixés définitivement dans mon cerveau et je pouvais les "rappeler" à tout moment. Terminons par cette récente constatation. Il n'est pas rare désormais que lors de mon endormissement, puis au cours du sommeil proprement dit, je me mette à composer, rédiger mentalement, avec toute la syntaxe et le vocabulaire, les phrases qui viendront ensuite remplir les pages de mes livres de voyage. Combien de fois n'ai-je pas été surpris, subjugué même, par le fait qu'il suffisait que je me mette durant la journée face à l'écran de mon petit pc, pour voir mes doigts frapper les touches du clavier et le texte se former, s'écrire là, devant mes yeux ébahis.

Pour terminer, mes journées étant également pas mal consacrées à la lecture, cette semaine me révéla deux choses, sans doute un pur concours de circonstances. J'ai débuté en effet un  nouvel ouvrage d'Aristote, intitulé Traité du ciel. Il est du plus étonnant de voir, comme je l'ai déjà écrit dans un précédent billet, combien la pensée de cet homme était en avance sur son temps, et combien la lecture en parallèle des deux livres, celui d'Aristote et celui d'Aurélien Barrau, est troublante.
L'autre ouvrage est la suite du premier, (re)lu avec toujours autant de passion et de bonheur qu'il y a cinquante ans. Marcel Proust, A l'ombre des jeunes filles en fleurs. Je ne résiste donc pas, pour terminer ce long billet, de reproduire ces quelques lignes absolument magnifiques, trouvant une fois de plus que l'on peut s'intéresser à plusieurs domaines pourtant très variés, de concert, ce qui est une des formidables capacités de notre cerveau d'Homo sapiens sapiens !

(L'auteur, chez les Swann, attendant dans un petit salon pourvu d'une cheminée, l'arrivée de ses hôtes)
"...et recevaient frileusement la chaleur d'un feu incandescent de charbon, précieusement posé derrière une vitrine de cristal, dans une cuve de marbre blanc où il faisait écrouler de temps à autre ses dangereux rubis."

vendredi 6 février 2015

Un mois déjà !

Et même un peu plus ! 

Un blog doit être alimenté et je conviens que le mien ne l'a pas été pendant une longue période.
Hormis les événements tragiques de début janvier, peu propices à s'exprimer, tant d'autres l'ayant abondamment fait, et au sujet desquels je ne saurai convenablement m'exprimer, deux faits majeurs, du moins pour moi, ont ralenti le rythme de production de mes billets, à savoir deux livres.

Le récit de voyage que j'avais écrit suite ma découverte du Turkménistan en avril 2014 a enfin vu le jour et le moins que l'on puisse dire est que sa couverture en a surpris plus d'un ! Mieux, les libraires parisiens qui acceptent de prendre mes livres en dépôt sont restés souvent sans voix face à la surprenante photo pleine page d' Etrange et déconcertant Turkménistan. Davantage lorsque je leur en donnais l'explication.
Le second livre est celui que je suis en train d'écrire et qui relate cet autre voyage, non moins extraordinaire, partagé avec quelques amis à qui j'avais proposé de découvrir, du nord au sud, le Chili, avec une extension pour ceux qui le désiraient vers Rapa Nui, plus connu sous le nom de l'Île de Pâques. Trois semaines incluant le désert aride d'Atacama, la région des lacs et l'île de Chiloé, la plus que troublante Patagonie, à laquelle je ne cesse, aujourd'hui encore, de rêver. Enfin, Santiago et surtout Valparaiso, avec un souvenir ému pour la Isla Negra, la dernière demeure de Pablo Neruda.

Voilà pourquoi le temps me manque ! Cette rédaction m'exalte, comme toujours, et les phrases ne cessent de se construire dans mon esprit, de jour comme de nuit, avant qu'elles ne viennent se matérialiser sur le petit écran de mon ordinateur. Je viens à peine de terminer le long chapitre sur San Pedro de Atacama, c'est dire. Il me reste encore beaucoup de chemin avant d'atteindre les rivages de l'île aux moais... 
Mais j'espère que d'ici là, j'aurais eu le plaisir de revenir ici même pour un nouveau billet dont le thème m'est pour l'heure totalement inconnu.
Mais, comme l'écrivait jadis André Maurois (qui en fit également le titre d'un recueil de nouvelles), Toujours l'inattendu arrive


samedi 3 janvier 2015

"À l'homme qui aimait les femmes"....

... mai aussi le cinéma.
Lorsque fleurirent il y a quelques mois aux portes des boutiques parisiennes mais aussi, en plus grande taille, sur les kiosques à journaux de la capitale, les affiches annonçant l'exposition sur François Truffaut à la Cinémathèque française, je souris aussitôt, mais n'envisageai pourtant pas de m'y rendre.

Ma rencontre avec le cinéaste remontre à très tôt, à mes années de lycée. Je tombai aussitôt sous le charme de ses films qui me firent vibrer intérieurement, me troublant profondément tant je trouvais de coïncidences entre les pensées, sentiments, désirs, penchants littéraires du jeune metteur en scène et les miens. Le fait qu'il ait vécu dans le même quartier que celui de mon enfance et de ma jeunesse (le IXème arrondissement ;  ah ! ce fameux Gaumont Palace, place de Clichy ), qu'il y ait tourné de nombreux films augmenta même cette sorte de complicité (certes à sens unique).
Je pense avoir vu aujourd'hui la quasi totalité de ses films, et certains, comme La nuit américaine plus d'une dizaine de fois. J'évitai cependant ceux plus tristes, plus graves et tragiques, voire angoissants, car s'approchant trop de la mort, comme L'amour en fuite, La chambre verte ou La femme d'à côté. Curieusement je fus moins sensible au Dernier métro, pourtant auréolé de gloire. J'adorai, on s'en doute, Fahrenheit 451 ainsi que celui qui fait le titre de ce billet.
Dans mes bibliothèques il y a au bas mot plus de dix ouvrages de lui, dont celui sur Hitchcock, celui de sa Correspondance. Mais également sur lui, ses films, livres souvent offerts par mes filles ou des proches qui connaissaient ma passion illimitée pour Truffaut. Et quand on arpente le couloir de mon appartement, on peut y découvrir d'un mur à l'autre des images de lui et de son double, Antoine Doinel, alias Jean-Pierre Léaud. Enfin, on sourira en apprenant que ma dernière fille s'appelle Laura...
.
Oui, François Truffaut a fait partie de ma vie intime des années durant, au point de devenir une sorte de démiurge. Il m'a fasciné, et me fascine encore, m'a souvent profondément troublé au point qu'aujourd'hui, plus de trente ans après sa mort, la même année que Michel Foucault, j'appréhende de voir certains de ses films, d'écouter les musiques composées par George Delerue, Maurice Jaubert, Bernard Hermann (qui fut aussi le compositeur de nombreux films de Hitch). Une intense nostalgie m'envahit alors, peut-être le souvenir d'années de jeunesse révolues, la peur aussi d'être saisi par une émotion trop forte en revoyant des images puissantes, magnifiques, idéalisées.
Voilà pourquoi j'avais décidé de ne pas visiter cette exposition.

Ma fille aînée m'en parla la première, me poussant à m'y rendre, mais comprit mes réticences. Un peu plus tard, sa soeur cadette, qui avait baigné durant son enfance dans ces tourbillons truffaldiens au point d'avoir choisi le thème principal de La nuit américaine pour son mariage, sortant de l'exposition, m'engagea plus fermement à m'y rendre. Ce que je fis, en définitive, craignant de regretter plus tard de ne point y être allé.
Oui, je le reconnais, cette exposition est magnifique et mérite absolument d'être vue. Pourtant, ce que j'avais crains s'est réalisé ! La nostalgie ressentie fut si forte, l'émotion si grande que, dès l'entrée dans la première salle, je ne pus retenir mes larmes. Tout au long de ma visite, où je retrouvai cette complicité avec le cinéaste, les yeux embués mais qui me permettaient malgré tout de reconnaître les classiques Garnier de ma jeunesse (Balzac !!) et de re-découvir, mais en vrai cette fois, les nombreuses missives, plans de travail, brouillons pour des projets de titres, etc. que j'avais déjà vus au travers des livres bien rangés dans mes rayonnages, j'avançai d'un pas mesuré, les yeux souvent baissés, sauf pour regarder sur les murs des extraits de films, un mouchoir à la main...

François Truffaut, cet homme qui aimait les femmes, cet homme qui fit dire à Charles Denner dans le film éponyme cette phrase sublime et que j'aimerai mettre un jour en exergue d'un de mes livres :
"Les jambes des femmes sont comme des compas qui arpentent le globe terrestre en tout sens, lui donnant son équilibre et son harmonie".



lundi 8 décembre 2014

Addendum au billet précédent

Addendum, ou le heureux hasard des lectures conjointes.

Au cours de mon voyage au Chili, j'ai eu l'occasion de visiter, non loin de Valparaiso, une des plus belles maisons, située en bord de mer, de l'écrivain chilien Pablo Neruda, prix Nobel de littérature en 1971, la Isla Negra. Je fus aussitôt saisi par le charme étrange de cette habitation, mi demeure, mi bateau, emplie d'objets hétéroclites que le poète avait ramené des endroits les plus divers. Le texte de l'audioguide qui m'avait été remis attira mon attention presque instantanément par sa qualité, ce qui n'est guère le cas en général. Je suivis pas à pas les différentes descriptions des pièces et progressivement s'installa en moi une curieuse sensation, comme si le propriétaire des lieux, dont on avait rapporté puis mis les cendres dans la jolie tombe face au Pacifique, m'interpellait directement et personnellement au travers de mes pas silencieux et des objets qu'il offrait à mes regards curieux et admiratifs.

Depuis le début du voyage, je n'avais cessé de m'interroger sur le plan, la charpente comme j'aime ainsi à l'appeler, que je comptais adopter pour le livre que j'envisageais d'écrire suite à ce voyage. Il se devait d'être différent des précédents, d'abord parce que les pays décrits dans mes autres récits étaient différents, mais aussi parce que je désirais marquer une rupture, les deux continents, leurs populations, leurs coutumes, leurs histoires n'ayant rien en commun. J'arrivais bientôt au terme de ce long voyage, et je n'avais toujours aucune inspiration.

Soudain, dans l'une des dernières pièces que je visitai, écoutant presque religieusement le commentaire en français de l'audioguide, j'eus une révélation. En fait, ce fut lui, le poète, qui me la délivra, me l'offrit comme un présent suite à ma visite muette mais dont les accents, les chants intérieurs, exaltés, devaient être perceptibles à travers le temps. Je me souviens même avoir dit presque à haute voix " Oui, c'est cela, oui, c'est clair, je l'ai trouvée ma charpente, cette idée originale qui fera que mon livre sera différent !" Et, tout de go, je remerciais le grand poète dont je n'avais encore lu aucun des livres.


Ce matin, dans le métro parisien, je poursuivais la lecture de l'autobiographie de Pablo Neruda que je m'étais promis de me procurer dès mon retour en France, J'avoue que j'ai vécu. J'en étais déjà rendu au tiers du livre en quelques jours, tant le récit de ses pérégrinations à travers le monde (dont je connaissais pas mal des pays qu'il avait traversés) me captivait. Et je tombais sur ce commentaire à propos de Marcel Proust, plus précisément Du côté de chez Swann. Je venais de lire la veille ou l'avant-veille le texte dont il parlait et   relevais ces deux extraits que je trouvais tellement en phase avec les propos tenus dans le billet précédent :
"Du côte de chez Swann me fit revivre les tourments, les amours et les jalousies de mon adolescence. Et je compris que dans cette phrase de la sonate de Vinteuil, phrase musicale que Proust qualifie d'aérienne et odorante, non seulement on savoure la description la plus exquise du son passionnant mais aussi une mesure désespérée de la passion". 
Puis quelques lignes plus bas, encore plus étonnant :
"L'attrait que j'avais éprouvé n'avait été que littéraire. Proust, le plus grand poète du réel, dans sa chronique lucide d'une société à l'agonie qu'il avait aimée et détestée...".

Il ne m'en fallait pas davantage pour entendre l'écho, celui que le poète endormi pour l'éternité dans ce pays qui m'avait tant fasciné, me renvoyait par delà les ans. Ce ne pouvait être un pur hasard. Le Chili de Neruda, mais aussi de Coloane, et d'autres à venir sans doute, était définitivement entré au panthéon de mes pays favoris, à ce jour d'Asie centrale pour la plupart, et lui aussi ne me laissait pas indemne. 

samedi 6 décembre 2014

1965-2014, 49 ans...

Il y a quelques semaines, Paul Veyne, dont j'avais tant apprécié l'autobiographe, me donnait envie de relire L'éducation sentimentale de Flaubert. J'avais déjà lu la majeure partie de cet "hénaurme "écrivain et cette invite tombait à point, ne sachant quels ouvrages emporter avec moi au cours de ce prochain voyage vers les terres lointaines d'Amérique du sud. Il y aurait de longues heures d'avion et de toute façon, comme depuis toujours, il était inconcevable que je n'aie à portée de main au moins deux livres. J'ajoutai donc ce roman à une liste déjà longue d'objets à emporter .

Mais il m'en fallait trouver un second, minimum indispensable, d'autant que ceux que j'étais en train de lire allaient être terminés avant mon départ. J'avais en outre une petite idée pour un troisième que j'achèterais sur place à Santiago. Ce que je fis, aidé de notre guide, me procurant dans une élégante librairie du centre ville le très beau livre de Francisco Coloane, riche et envoûtant auteur découvert peu de temps auparavant, Tierra del Fuego, que je désirais débuter sur place, et en espagnol.

Quitte à reprendre des livres déjà lus, ce qui était loin de me rebuter, au contraire, - j'avais entrepris de relire depuis quelque temps tous les cours au Collège de France de Michel Foucault - mon choix se porta sur le premier et gros volume paru dans la collection du Livre de Poche de A la recherche du temps perdu. Ils se trouvaient tous sur le dernier niveau supérieur de l'une de mes nombreuses bibliothèques et semblaient me faire régulièrement un clin d'oeil avec leurs tranches jaunies. Ils avaient survécu par bonheur, comme d'autres,  à mes nombreux déménagements et je comptais bien "un jour" les reprendre en main.

Marcel Proust. Quel vieux souvenir ! Il faut remonter à mes années de lycée, à Condorcet, dans les années 1960. Je n'étais pas hélas un brillant élève, malgré mes efforts, mais déjà, outre les langues et la géographie, je m'étais plongé dans la lecture depuis quelques années,  poussé en ce sens par ma chère mère Alma, comme je l'ai raconté dans un manuscrit autobiographique non encore publié (mais que je compte bien éditer un jour, aidé de ma précieuse collaboratrice Solène !). Ne reculant devant aucun effort, puisant même, comme par contradiction, dans les auteurs réputés les plus difficiles d'accès, je décidai de m'aventurer dans les souvenirs de ce grand écrivain dont un jour tout s'illumina grâce à une fameuse madeleine.

Je tombai immédiatement sous le charme de ce style si fécond, si riche en détails, en descriptions dignes de celles d'un entomologiste, où l'auteur se remémorait le moindre souvenir. J'aimais l'accompagner dans son Combray, m'émerveiller devant les paysages qu'il décrivait à la manière d'un peintre ou d'un enlumineur. Je me délectais dans les croquis minutieux qu'il faisait des personnages qui l'entouraient. Bref, j'eus aussitôt un coup de foudre et me mis à lire sans discontinuer tous les autres tomes de cette Recherche. Ceci se passait en 1965, il y a donc aujourd'hui quarante neuf ans !

Cette fructueuse et enrichissante lecture me valut une anecdote que l'on retrouve dans ce manuscrit non publié. Je n'avais pas été capable, contrairement à mes copains de lycée, mais aussi à ma soeur de deux ans ma cadette, d'obtenir mon baccalauréat, pas plus à la sessions de juin qu'à celle de septembre ! Je vis donc l'un d'eux qui m'était cher, Patrice ce V., arriver un jour au sortir de son cours de français, dépité, lui qui était déjà en Maths Sup., et me dire avec désolation que leur professeur venait de leur donner un travail à faire pour dans huit jours sur... Proust et sa Recherche du temps perdu ! Il ignorait ma passion et mon engouement pour le grand écrivain. Je lui proposai aussitôt de traiter ce travail, qui m'enchantait, et lui remis "son" devoir la veille du jour prévu. Personne ne sut, à part lui et moi, qui en avait été l'auteur, mais je fus particulièrement flatté de la note qui lui fut attribuée !

Aujourd'hui j'ai déjà relu plus de la moitié du premier tome, Du côté de chez Swann. Le plaisir n'a pas varié d'un cran ; il a même augmenté dirai-je. Je ressens un plaisir immense, je me délecte, je m'enthousiasme toujours autant devant ce style unique, fécond, exubérant, foisonnant de détails, témoin d'une vie au début du XXe siècle, juste avant le drame de la Première Guerre. Fin d'une époque, début d'une nouvelle. Pourtant, en me promenant dans les rues de Combray, en allant du côte de Guermantes, ou de celui de Méséglise, j'ai l'impression que rien n'a changé et que tous ces délicats parfums flottent encore dans l'air...

samedi 29 novembre 2014

Retour des terres lointaines

Eh bien, voilà déjà une semaine que ce magnifique voyage a pris fin. Retour quasi direct, après une brève nuit  à l'hôtel à Santiago, depuis l'étonnante et émouvante Rapa Nui, la "grande terre", et non l'île de Pâques,  (ou encore Easter Island ), expressions que les habitants n'apprécient guère, pas plus que pascuans, s'estimant avant tout des Rapa Nui.
Vol de près de quatre heures trente entre Hanga Roa et Santiago, puis, le lendemain, à nouveau quatre heures entre la capitale chilienne et Sao Paulo, enfin presque onze heures pour regagner Paris. Et six heures de décalage horaire au total, les plus difficiles à rattraper quand on vole vers l'est !

Mais quel voyage, quelles merveilles, naturelles surtout ! Comment préférer le désert d'Atacama, avec ses paysages à couper le souffle (le Salar, le volcan Licancabur et son cône presque parfait, les geysers fumants du Tatio, à 4300m, dans le petit patin, par -8°), aux volcans enneigés de la région des lacs, à la paisible île de Chiloé, aux formidables étendues de la pampa patagonienne bordée à l'ouest par des massifs montagneux déchiquetés, scarifiée de fjords à l'eau turquoise dans lesquels d'immenses glaciers silencieux viennent se déverser, balayée par les vents du Pacifique tout proche, si violents qu'ils furent capables de soulever puis d'écraser à terre deux de nos compagnons ? Non, vraiment, tout est à la mesure de la grandeur, de la nature fière et sauvage de ce pays de plus de quatre milles kilomètres de long, dont je n'aurai pas vu la toute dernière extrémité australe, le cap Horn, me bornant à tremper ma main dans l'eau fraîche du détroit de Magellan, regardant sur l'autre rive la légendaire Terre de Feu.  Mais quel mythe déjà que ces premiers  confins !
Quant à Rapa Nui, cette île du bout du monde vint clore d'une façon magistrale ce périple, et les moues silencieuses des moais de basalte en partie redressés ne font qu'amplifier cette sensation étrange sur les raisons de leurs origines, en partie comprises à présent, et nous appeler à plus d'humilité quant à la destinée humaine.

dimanche 2 novembre 2014

País de los extremos, Chile y Rapa Nui.


Dentro de dos días, me despego par este país tan lejos, y esta isla aún mas lejos, el ombligo del mundo.
Pablo Neruda, Francisco Coloane, Luís Sepúlveda, Alejandro Jodorowski, Jared Diamond, Thor Heyerdahl, fueron unos de mis guías. ¡ Y que guías ! Gracias a ellos, he podido viajar y descubrir unas de las más importantes y maravillosas riquezas naturales de este país, tan como unos de sus habitantes.

Tuvo, sin embargo, un precursor, aunque no sé si alcanzó estas riberas del Pacífico, my abuelo Ildefonso, el padre de mi madre. Yo no le ho conocido porque murió cuando sus dos hijas eran jóvenes. Fue el primer gran viajador de nuestra familia, atravezando, al principio del siglo veinte, el Atlántico hasta América del sur para comprar pieles y venderlas en Francia. Ahora, me voy a seguir sus pasos…
… dentro de pocos días.

¡Hasta pronto !