vendredi 3 juillet 2015

Québec, oh oui !

J'ai mis les pieds pour la première fois au Québec en 1998. J'allais terminer l'année en compagnie de ma fille aînée qui y passait une année d'études. Je savais ce pays froid, glacial même, mais à mon arrivée, pas ou si peu de neige. Mais le froid était bien là et c'est tout en haut du Mont Royal, à Montréal, que je subissais les températures les plus polaires que j'eusse jamais connues. Durant la nuit de la Saint-Sylvestre une impressionnante tempête de neige, du moins pour un européen de l'ouest, s'abattit sur la ville qui se retrouva à l'aube de l'année nouvelle, avec un magnifique ciel bleu, enfouie sous un épais manteau d'un blanc immaculé.

Cette fille aînée suscita des envies, et ma troisième fille décida elle aussi de partir faire une année d'études au pays des iroquois. C'est en plein hiver également que j'allai lui rendre visite. Puis j'y retournai quelques mois plus tard avec sa sœur cadette. A chaque occasion, j'en profitais pour découvrir plus en profondeur cette belle province : le parc du Mont-Tremblant, celui de la Mauricie, remontant le Chemin des Patriotes jusqu'à Sorel, le tout dans une campagne englacée et des cours d'eau intégralement gelés. Quelle beauté ! Bien sûr, je poussai à chaque fois jusqu'à la ville de Québec, que j'appréciais de plus en plus. Une grande petite ville, entourée de forêts et bordée par ce fleuve majestueux, le Saint-Laurent. J'admirai la vieille cité, en dépit d'un blizzard cinglant qui s'engouffrait dans les rues étroites et m'extasiai face à la chute Montmorency, entièrement gelée, plus haute que celles du Niagara, ce qu'on ignore généralement.

Les années passèrent, mais les expériences des plus âgées donnèrent des envies aux plus jeunes, En l'occurrence à ma quatrième fille qui, après deux séjours étudiant à l'Université Laval de Québec, se décida pour se lancer dans un doctorat au sein de cette même université qu'elle affectionne tout particulièrement. Qui sait d'ailleurs si ses neveux et nièces n'auront pas un jour envie de traverser à leur tour le grand océan pour perpétuer cette tradition ?

Je reviens d'un séjour de deux semaines chez elle, mais en été cette fois. Quelle différence ! Sans pour autant préférer l'une ou l'autre saison, si différentes, chacune ayant leur charme. En attendant bien sûr de découvrir lors d'un prochain voyage le fameux été indien.
Bien sûr, la neige avait disparu, et la végétation semblait s'en être donné à cœur joie, profitant de ces courtes semaines de répit pour devenir verdoyante, exubérante, magnifique. J'ose dire que j'ai une préférence pour cette ville au cachet si particulier, dont les "faubourgs" - ceux où réside ma fille,  Sainte Foy, - donnent l'impression de se retrouver à la campagne, à moins d'une demi-heure en bus du Vieux Québec. Même impression pour l'université située dans un incroyable écrin de verdure. Enfin, pour terminer cette première partie de billet, n'oublions pas de mentionner l'extrême gentillesse, l'amabilité et l'accueil si chaleureux de nos "cousins" !

Oui, Québec, la ville de Québec et ses alentours m'ont séduit, plus que je ne le pensais.

Suggestion de circuits

Aussi, à l'intention de ceux qu'un tel voyage - je parle ici de la période estivale - attirerait, le voyageur infatigable que je suis se permet de suggérer le parcours découverte suivant qui, sur une période de quinze jours, est tout à fait réalisable.
Une arrivée à Montréal est incontournable et, selon la durée du séjour, un minimum de deux jours sur place est indispensable. Prévoir ensuite la location d'une voiture, sachant que si la conduite est comme chez nous, la plupart des véhicules sont avec boîte automatique.
Pour gagner Québec, prendre la route sur la rive droite du fleuve (N° 20).
Les guides (style Michelin) sauront vous conseiller sur les sites incontournables à faire dans la ville de Québec, sans oublier la chute Montmorency, déjà citée (à faire d'en haut comme d'en bas). Une mention toute particulière pour la visite de la bourgade de Lévis, juste de l'autre côté du fleuve, à laquelle on accède en empruntant le traversier (vues inoubliables !).

La côte de Charlevoix "vaut le voyage", Elle est absolument splendide. De Québec à Tadoussac (route 138), vous passerez par Baie-Saint-Paul, de toute beauté, avec ses jolies maisons et ses grèves sauvages donnant sur le fleuve et où l'on peut pique-niquer. Poursuivre en découvrant les Éboulements, vestiges spectaculaires d'un cratère formé par la chute d'une météorite il y a très longtemps ainsi que par un violent tremblement de terre survenu au XVIIe siècle. Port-au-Persil, à deux kilomètres sur la droite après avoir quitté la route principale, un vrai petit bijou de la nature ! Poursuivre et s'arrêter au domaine Forget, une splendeur !
Etape possible à La Malbaie où je recommande chaleureusement l'Auberge de La Châtelaine, reprise par un couple de français il y a quelques mois. Cette demeure de la fin du XIXe siècle, donnant sur la baie, est décorée avec charme et les petits déjeuners maison sont somptueux et délicieux !

A Baie-Sainte-Catherine, prendre le bac (traversier) qui permet de franchir le fjord Saguenay pour rejoindre Tadoussac, puis suivre la route 172 pour rejoindre Chicoutimi/Saguenay, non sans faire un arrêt à Sainte-Rose-du-Nord. Envisager alors un tour du lac Saint-Jean par la 169 nord (belle promenade possible dans le Parc de la Ponte-Taillon) avec une étape conseillée au bel hôtel de la Boréalie à Saint-Félicien, en tâchant d'avoir une chambre de plain-pied donnant sur la rivière Ashuapmushuan. Retour à Québec, toujours par la 169 (devenue sud), en traversant les  grandioses Laurentides.

Une dernière suggestion, au départ de Québec, le tour de l'île d'Orléans (67 kms). En privilégiant la route sud, avec un arrêt incontournable à Sainte-Pétronille qui offre une vue exceptionnelle sur la ville de Québec et la séparation du Saint-Laurent en deux bras.

Espérant avoir convaincu le ou les voyageurs anonymes qui reviendront en Europe les yeux pleins de merveilles et l'esprit riche en souvenirs !

vendredi 5 juin 2015

Au fil de mes lectures...

Les livres ne cessent de m'entourer.
D'abord sur diverses tables en attendant d'être lus, puis à portée de main (il y en a au moins trois voire quatre) lorsqu'ils sont en cours de lecture, l'un d'eux me suivant partout lors de mes déplacements dans la grande ville. Ils finiront par rejoindre les rayonnages déjà bien remplis de mes bibliothèques. Mais il y a toujours non loin un crayon ou un stylo pour noter, souligner quelques phrases, passages que je ne souhaite pas oublier et qu'il m'arrive soit de relire par la suite, soit d'aller rechercher lors de la lecture d'un ouvrage ultérieur sur le même sujet, soit enfin, ce qui n'est pas sans engendrer quelque surprise, de comparer ces annotations à celles plus anciennes quand il m'arrive de relire des livres déjà lus plusieurs années auparavant. C'est ainsi le cas actuellement de ceux de Michel Foucault et de Marcel Proust dont j'ai entamé la relecture de A la recherche du temps perdu près d'un demi-siècle plus tard !
Aussi, au hasard de mes lectures en cours, j'ai relevé ces trois extraits :

- "Notre cerveau dispose d'une extraordinaire plasticité qui rend de nouveaux apprentissages possibles quasiment sans limite."  Yvanne Wiart, Cerveau Psycho, juin 2015.

- ""S'étonner, apprendre, prendre conscience". Les trois mots-clés du voyageur authentique, les trois consignes qu'Annette Laming-Emperaire observe sans fléchir."  Philippe Grenier dans sa magnifique anthologie des récits de voyage en Patagonie  Histoires du boute du monde,  Editions Nevicata, 2013.

- "Il est remarquable de constater que nous sommes capable de raconter l'histoire de l'Univers depuis des milliards d'années, mais tout cela ne signifie évidemment pas que l'Univers aurait été créé il y a un peu plus de 13 milliards d'années. Nous savons simplement que l'Univers a connu un moment où la densité et la température étaient si élevées que les lois physiques que nous connaissons ne permettent pas de comprendre ce qui s'est passé. Laissons à nos successeurs le soin de remonter encore plus loin dans le passé, si tant est que cela soit possible et ait un sens." André Brahic, Bradford Smith, Terres d'ailleurs, Odile Jacob, avril 2015. André Brahic est le découvreur des anneaux de Neptune.


Appendre, découvrir, s'enthousiasmer, transmettre...

samedi 2 mai 2015

Passé recomposé.

"Sur les plages de l'histoire les vagues de souvenirs anciens ont dessiné des arabesques d'argent où se reflètent les mirages de l'avenir."

Il est des voyages qui s'apparentent à des remontées dans le temps. Celui que je viens d'accomplir est de ceux-ci, sans pour autant qu'il m'ait été besoin de partir loin... sauf en nombre d'années, un demi-siècle !
Il y a longtemps que je désirais remettre le pied sur cette île de l'Atlantique, Oléron. En 1954, mes parents nous y emmenèrent en vacances, ma sœur et moi, probablement conseillés en ce sens par nos nos nouveaux voisins, ceux qui logeaient juste au-dessus de l'appartement parisien dont nous avions pris possession à peine deux ans plus tôt. Le Logis des Dunes, dans le petit bourg de Domino au nord-ouest de l'île, à quelques centaines de la plage et de ses dunes sauvages, nous accueillit deux étés durant. Puis nous nous rapprochâmes de ces voisins qui possédaient une antique et typique demeure, sans trop de confort, dans le tout petit village de Chaucre situé à deux kilomètres. Là, des années durant, en été, comme aux vacances de Pâques, nous revînmes souvent. Là, des souvenirs - et quels souvenirs ! - vinrent se constituer, s'accumuler, s'engranger dans ma petite tête de gamin qui n'avait pas encore dix ans.

Ils étaient donc là ces souvenirs empilés, plutôt bien rangés, certains encore vivaces, d'autres ne nécessitant que le petit coup de pouce, la madeleine proustienne (le hasard d'ailleurs faisant qu'au même moment j'avais entrepris de relire l'oeuvre du grand écrivain qui m'avait déjà tant enchanté dès mes dix-sept ans), pour être réactivés. Je retrouvai ainsi sans difficulté cette "Maison Pantalon", si photographiée depuis et dont les multiples clichés ont fait le tour du monde, ayant même la chance de la retrouver habitée en cette période de vacances par le fils de nos voisins qui me reconnut aussitôt. Mais aussi le Logis des Dunes, hélas en totale décrépitude, délabré et tagué, toujours tristement debout. Enfin, ces plages immenses, bordées de dunes sur lesquelles j'aimais tant grimper puis, une fois le sommet atteint, me jeter dans le vide - de quelques mètre seulement ! -, face à l'océan aux teintes inégalées. Parcourir aussi, tel un trappeur, ces forêts de pins et de taillis de chênes verts, montant aux arbres, imaginant et vivant plein d'aventures. Arpentant sous un soleil généreux, tandis que la mer se retirait, ces plages sans fin, j'avais l'impression ô combien étrange que la grève blonde qui se découvrait peu à peu laissait progressivement émerger tous ces riches et lointains souvenirs.
En fin de journée, l'émotion gagna un cran lorsque, grâce à ce voisin ami à qui j'en évoquai le souvenir que je croyais pourtant à jamais enfoui, je pus retrouver cette femme qui, cinquante ans plus tôt, avait été sollicitée par ma mère. Elle lui avait proposé de venir s'installer chez nous, comme "nounou" dirions-nous aujourd'hui, car notre jeune frère allait naître. Elle resta dans l'appartement plus de deux ans. Elle s'appelait Madeleine. Elle me reconnut sans trop de difficulté, tout comme moi. Elle avait gardé son joli visage malgré ses rides. Elle allait fêter avant l'été ses quatre-vingts ans...

Oui, quelle remontée dans le temps. Qui sait, peut-être, matière à écrire un petit récit, où je reprendrais également ceux, non moins riches, de mes longs séjours chez ma grand-mère paternelle dans le petit village du Châble, au pied du Salève, à deux pas de Genève ? Si Oléron me donna sans doute le goût, l'amour immodéré du sable, des dunes, des futurs déserts, Le Châble me rendit amoureux à tout jamais de la roche, de la montagne. Probablement faut-il trouver dans ces deux endroits magiques les deux creusets fondamentaux qui me firent partir des dizaines d'années plus tard vers les étendues désolées mais ô combien fascinantes d'Asie centrale et, plus récemment, de cet inoubliable pays des extrêmes, le Chili.

"Sur les plages de l'histoire, les vagues de souvenirs anciens..."


lundi 6 avril 2015

Des Neurones enchantés à L'Art de la fugue.

Voilà un titre bien étrange, j'en conviens, mais on sait également que l'on peut s'attendre à tout venant du signataire !

Un récent article paru dans Cerveau Psycho, magazine bimestriel particulièrement intéressant, porte à ma connaissance un livre, j'ai presque envie d'écrire une "partition à six mains", paru chez Odile Jacob et dont le titre constitue la première partie de ce billet. Plusieurs indices ont contribué à attirer mon attention. Le mot neurone bien sûr, suite aux nombreux cours de Stanislas Dehaene souvent évoqués sur ce blog. Le sous-titre du livre également Le cerveau et la musique, quand on peut savoir à quel point la musique fait partie de ma vie, et ce depuis l'âge de mes dix ans lorsque l'on m'offrit pour Noël mon premier électrophone accompagné d'un microsillon, Le carnaval des animaux de Saint-Saens, qui fut suivi de dizaines et de dizaines d'autres, achetés, offerts ou provenant d'une discothèque municipale. La musique m'est indispensable et sans elle j'aurais l'impression que le monde est bancal, dénué de sens, privé d'émotion, terne.
Les auteurs également, principalement l'un d'eux, dont j'avais déjà lu beaucoup d'ouvrages, certes complexes (mais auxquels je finis par m'accoutumer, reliant entre eux les différents enseignements puis finissant par les acquérir), Jean-Pierre Changeux, éminent neurobiologiste, professeur honoraire au Collège de France et qui fut le maître de Stanislas Dehaene. Puis Pierre Boulez, quatre-vingt dix ans depuis peu, chef d'orchestre, compositeur, fondateur de l'Ircam, et qui a occupé lui aussi une chaire au Collège de France. Philippe Manoury enfin, compositeur et professeur émérite de l'Université de Californie à San Diego.

Inutile de dire que ce livre m'a fort intéressé, même si je dois reconnaître que ma méconnaissance totale de la technique musicale et de termes comme harmonie, hauteur de notes, intervalles, accords et tant d'autres plus ou moins savants m'ont empêché de tout saisir des propos des deux musiciens. J'ai également été très attiré par la notion de genèse d'une oeuvre artistique, qu'elle soit musicale, du domaine de la peinture et surtout, alors que je viens tout juste de terminer mon livre, de celui de la littérature. La première page de ce livre est d'ailleurs remplie d'annotations et de renvois. J'en citerai quelques uns :
- Le cerveau est constamment actif, même au repos.
- Le travail du créateur, ce "bricolage" d'objets mentaux anticipant la réalisation de l'oeuvre.
- On ne fait rien d'autre que de puiser dans sa mémoire.
- Ce moment initial de l'invention est celui qui demeure sauvage, imprévu. (Pierre Boulez)

Quant à L'Art d la fugue ? Si ma mère nous habitua très tôt à appréhender ce grand compositeur, elle qui d'ailleurs participa à de nombreuses chorales notamment à Chaillot, je dois avouer que je ne pus saisir la grandeur incomparable de son oeuvre qu'au début de mon âge adulte. Mieux. Ce fut au travers du génial Glenn Gould que je fus capable d'en savourer enfin toute l'immensité. J'écoute régulièrement les Variations Goldberg, ainsi que d'autres pièces pour piano et suis en mesure de reconnaître presque à coup sûr le pianiste canadien. J'avais, dans le passé, été fort intrigué par un film passé sur Arte et traitant des origines du temps et dont les acteurs principaux tenaient les rôles de Stephen Hawking, Roger Penrose, ainsi que ceux de Penzias et Wilson qui furent à l'origine de la découverte du fond diffus cosmologique. Au début, Penrose nous fait écouter L'Art de la fugue, dont le dernier morceau s'arrête net, ce qui intrigua et intrigue encore beaucoup de monde.
Curieusement, le livre dont je viens de parler débute avec une évocation de cette oeuvre inachevée. Je n'ai pas tarder à me la procurer, et depuis deux jours, je ne cesse de l'écouter, tout en écrivant ou en lisant. Je ressens une véritable jouissance au niveau de mes neurones !

lundi 30 mars 2015

Le temps d'écrire ; un temps pour écrire.

Débuté en décembre 2014, le nouveau livre que j'écris actuellement - et qui sera le septième depuis 2010, qui aurait pu imaginer cela au départ ! - touche à sa fin. Je vais en entamer le dernier chapitre, celui consacré à Rapa Nui, autrement dit l'île de Pâques.
Pour être tout à fait franc, je l'avais commencé avant le départ, en octobre, comme cela m'arrive souvent de le faire lorsque je m'apprête à faire un nouveau voyage. En effet, un fois arrivé sur place, je risque, presque à coup sûr, de ne plus être capable de me souvenir de la façon dont j'imaginais le pays "avant", c'est-à-dire tel que je me le représentais, le rêvais, l'idéalisais même. Il importait donc que je laisse une trace préalable de ma représentation du Chili, tout comme de de l'île de Pâques, avant que l'un comme l'autre ne soient définitivement recouverts par les images réelles.

Durant tous ces mois j'ai donc passé beaucoup de temps à écrire. Le jour - jusqu'à six heures d'affilée ! - parfois la nuit, lors d'insomnies qui me faisaient nettement comprendre qu'il était temps que j'aille chercher mon ordinateur pour retranscrire sur l'écran toutes ces phrases que je composais mentalement et que je risquais de ne plus retrouver à l'identique le lendemain matin. Ce qui ne faisait d'ailleurs que me confirmer une fois de plus l'immense capacité d'activité inconsciente de notre cerveau.
Ce temps d'écrire m'empêchait donc de consacrer du temps pour écrire, pour écrire ces billets qui, depuis plus de sept mois désormais, viennent alimenter ce blog. Certes, je ne suis pas resté muet pendant toute cette période, mais ces dernières semaines, davantage accroché, captivé par l'écriture de ce livre en devenir, je suis conscient d'une certaine "absence" !

Mais il faut aussi avouer combien cette phase de création est exaltante à plus d'un titre. Combien est fort, puissant, magnétique ai-je envie de dire, ce moment où je m'assois enfin à ma table ! Combien est étonnante, stupéfiante cette conjugaison de l'activité mentale, celle de mon cerveau, et celle, purement physique, mécanique de mes doigts qui frappent sur les touches, engendrant ces phrases qui viennent se former presque toutes seules sur l'écran ! Je ne cesse, et ne cesserai jamais d'être en admiration devant ce processus de création, de génération, comme s'il existait, perception toute récente, deux individus, lui et son double, l'un simple acteur, l'exécutant, l'autre, à la fois invisible mais indispensable, à l'origine du texte, de sa composition en phrases, en paragraphes, maître de sa musique, de son rythme, rendant le tout parfaitement et magnifiquement cohérent.

On pourra donc comprendre que je ne puisse parvenir à me libérer de cette folle passion qui m'étreint, craignant trop de perdre le fil du récit qui se construit, s'élabore au fur et à mesure. D'autant qu'une fois que je cesse d'écrire, souvent épuisé mais pleinement heureux, la tête fiévreuse, il ne m'est plus guère possible de venir composer, comme ici cette nuit, un autre texte.
Pourtant, comme pour me faire mentir, force est de constater que ce petit billet nocturne est quand même parvenu à voir le jour. Je n'en suis que plus heureux, humblement, vis à vis de mon (ou mes) lecteurs anonymes !


samedi 14 février 2015

Jouissance cérébrale et intellectuelle

Sans doute quelques journées, pas forcément ensoleillées, sur le belles pentes neigeuses d'une jolie station savoyarde, ont-elles contribué à aérer, décongestionner mes neurones et autres liaisons synaptiques !

Le fait est que depuis mon retour vers la capitale, j'ai vécu de bons, riches et intenses moments.
Il y eut d'abord cette conférence du CNAM à Paris, que j'avais loupée, mais que je ne voulais à aucun prix manquer et que j'ai pu voir en vidéo sur le site de cette vénérable institution. Je n'en connaissais pas l'intervenant, mais le sujet qu'il abordait, les univers multiples ou multivers, me passionnait depuis longtemps. Très à l'aise dans la façon de s'exprimer, Aurélien Barrau, jeune quadragénaire au cheveux longs, est professeur à l'université Joseph Fourrier de Grenoble et chercheur au Laboratoire de physique subatomique et de cosmologie au CNRS. J'eus rapidement la grande satisfaction de constater que vingt années de lectures, conférences, cours au Collège de France sur ces deux piliers de la physique contemporaine que sont la cosmologie et la physique quantique, avaient porté leurs fruits et que je n'étais pas si perdu que cela dans ces domaines malgré tout assez complexes. La verve et l'élocution brillante d'Aurélien Barrau, largement partagées par l'auditoire, eurent quelques points forts qui me comblèrent à l'image de deux suivants que je vais évoquer brièvement.

D'abord, il nous est impossible de voir notre Univers au-delà d'une certaine distance, cette limite étant de nature physique et non pas technique. Intervient là la notion d'horizon cosmologique. De la même manière que l'on regarde l'horizon sur une plage, il nous est possible de voir plus loin si l'on se hisse sur le mat d'un bateau, ou si l'on monte au sommet d'une montagne qui borderait cette mer. Mais on aura beau monter encore plus haut, il y aura un moment où, quoi que l'on fasse, on ne pourra voir au-delà de la courbure de la terre. Comme le conférencier le faisait judicieusement remarquer, même avec la meilleure longue vue, et si haut soit-on sur la côte atlantique, on ne verra jamais le Cap Horn ! Le raisonnement est identique pour l'horizon cosmologique et la distance la plus éloignée que nos plus puissants télescopes permettent de "voir" est de dix milliards d'année-lumière (faites le calcul en prenant la vitesse de la lumière en kilomètres par seconde, ça fait beaucoup !) Comme l'écrit l'auteur dans son livre "Des univers multiples" publié chez Dunod en 2014, "L'Univers est extraordinairement grand ! Il est absolument gigantesque (...) Il est donc vraisemblablement beaucoup, beaucoup plus grand que ce qui est observable. Mais est-il infini pour autant ? Ce n'est pas acquis..."

Changeons d'échelle et intéressons-nous brièvement à la notion du fameux Big Bang. Que de fois n'ai-je pas été interpellé sous la forme de cette question : "Mais qu'y avait-il avant le Big Bang ?" Presque -trop même- naïvement, je répondais que cette question n'avait aucun sens, laissant mon interlocuteur sur sa faim, me demandant même s'il ne doutait pas des connaissances que j'avais acquisses depuis des années ! Mais lorsque Aurélien Barrau évoqua devant l'assistance cette même interrogation, sa réponse fut identique. Mieux, il en donna une image que je suis heureux de reproduire ici même et qui devrait clore ce stérile débat. Imaginez, disait-il, un explorateur qui arrive au pôle Nord et à qui l'on pose la question : "Mais qu'y a-t-il au nord du pôle Nord ?" Cette question vous en conviendrez, n'a aucun sens et est du même ordre que celle concernant l'avant du Big Bang.

Autre moment fort de la semaine, le cours de Stanislas Dehaene, titulaire de la chaire de psychologie expérimentale au Collège de France et dont je suis les cours avec passion depuis plusieurs années. Le thème du cours de cette année est Fondements cognitifs des apprentissages scolaires. En tant que père et grand-père, j'ai déjà recommandé à mes filles déjà mamans de regarder tout ou partie des premiers cours, tant les capacités intellectuelles (langage comme calcul) de nos jeunes bambins sont extraordinaires !
Mais celui de cette semaine traitait d'un sujet qui m'est cher, et depuis très longtemps, le sommeil ! Pour parler de façon familière, je "buvais du petit lait" ! Cela fait en effet plus de quarante ans que je mets à profit le sommeil pour retenir, mémoriser de façon durable (attention, je ne dis pas apprendre), des faits ou des choses acquises durant la journée, à commencer par les nombreuses langues étrangères grâce à l'excellente méthode Assimil. Plus récemment, avant de m'endormir, je me suis mis à balayer rapidement les notions, informations, mots peu usuels, etc. acquis au cours de la journée. Ceux-ci se retrouvaient dès le lendemain fixés définitivement dans mon cerveau et je pouvais les "rappeler" à tout moment. Terminons par cette récente constatation. Il n'est pas rare désormais que lors de mon endormissement, puis au cours du sommeil proprement dit, je me mette à composer, rédiger mentalement, avec toute la syntaxe et le vocabulaire, les phrases qui viendront ensuite remplir les pages de mes livres de voyage. Combien de fois n'ai-je pas été surpris, subjugué même, par le fait qu'il suffisait que je me mette durant la journée face à l'écran de mon petit pc, pour voir mes doigts frapper les touches du clavier et le texte se former, s'écrire là, devant mes yeux ébahis.

Pour terminer, mes journées étant également pas mal consacrées à la lecture, cette semaine me révéla deux choses, sans doute un pur concours de circonstances. J'ai débuté en effet un  nouvel ouvrage d'Aristote, intitulé Traité du ciel. Il est du plus étonnant de voir, comme je l'ai déjà écrit dans un précédent billet, combien la pensée de cet homme était en avance sur son temps, et combien la lecture en parallèle des deux livres, celui d'Aristote et celui d'Aurélien Barrau, est troublante.
L'autre ouvrage est la suite du premier, (re)lu avec toujours autant de passion et de bonheur qu'il y a cinquante ans. Marcel Proust, A l'ombre des jeunes filles en fleurs. Je ne résiste donc pas, pour terminer ce long billet, de reproduire ces quelques lignes absolument magnifiques, trouvant une fois de plus que l'on peut s'intéresser à plusieurs domaines pourtant très variés, de concert, ce qui est une des formidables capacités de notre cerveau d'Homo sapiens sapiens !

(L'auteur, chez les Swann, attendant dans un petit salon pourvu d'une cheminée, l'arrivée de ses hôtes)
"...et recevaient frileusement la chaleur d'un feu incandescent de charbon, précieusement posé derrière une vitrine de cristal, dans une cuve de marbre blanc où il faisait écrouler de temps à autre ses dangereux rubis."

vendredi 6 février 2015

Un mois déjà !

Et même un peu plus ! 

Un blog doit être alimenté et je conviens que le mien ne l'a pas été pendant une longue période.
Hormis les événements tragiques de début janvier, peu propices à s'exprimer, tant d'autres l'ayant abondamment fait, et au sujet desquels je ne saurai convenablement m'exprimer, deux faits majeurs, du moins pour moi, ont ralenti le rythme de production de mes billets, à savoir deux livres.

Le récit de voyage que j'avais écrit suite ma découverte du Turkménistan en avril 2014 a enfin vu le jour et le moins que l'on puisse dire est que sa couverture en a surpris plus d'un ! Mieux, les libraires parisiens qui acceptent de prendre mes livres en dépôt sont restés souvent sans voix face à la surprenante photo pleine page d' Etrange et déconcertant Turkménistan. Davantage lorsque je leur en donnais l'explication.
Le second livre est celui que je suis en train d'écrire et qui relate cet autre voyage, non moins extraordinaire, partagé avec quelques amis à qui j'avais proposé de découvrir, du nord au sud, le Chili, avec une extension pour ceux qui le désiraient vers Rapa Nui, plus connu sous le nom de l'Île de Pâques. Trois semaines incluant le désert aride d'Atacama, la région des lacs et l'île de Chiloé, la plus que troublante Patagonie, à laquelle je ne cesse, aujourd'hui encore, de rêver. Enfin, Santiago et surtout Valparaiso, avec un souvenir ému pour la Isla Negra, la dernière demeure de Pablo Neruda.

Voilà pourquoi le temps me manque ! Cette rédaction m'exalte, comme toujours, et les phrases ne cessent de se construire dans mon esprit, de jour comme de nuit, avant qu'elles ne viennent se matérialiser sur le petit écran de mon ordinateur. Je viens à peine de terminer le long chapitre sur San Pedro de Atacama, c'est dire. Il me reste encore beaucoup de chemin avant d'atteindre les rivages de l'île aux moais... 
Mais j'espère que d'ici là, j'aurais eu le plaisir de revenir ici même pour un nouveau billet dont le thème m'est pour l'heure totalement inconnu.
Mais, comme l'écrivait jadis André Maurois (qui en fit également le titre d'un recueil de nouvelles), Toujours l'inattendu arrive