samedi 29 août 2015

Prochain envol...

La sortie d'un nouveau livre est non seulement une étape majeure dans la vie d'un auteur mais également une période chargée d'intense exaltation. 
Il est cependant d'autres phases non moins grisantes, telles celle où l'on met une date et un lieu à la toute dernière page du récit ou encore celle de la réception du BAT (Bon à tirer), l'exemplaire adressé par l'imprimeur et pour lequel vous devez donner votre accord.
J'ai déjà vécu les deux premières, celle du BAT étant toute récente, et suis désormais dans l'attente fébrile des cinquante premiers exemplaires de ce nouveau récit retraçant mes aventures au Chili et à l'île de Pâques, mieux nommée Rapa Nui. 
Mais "Au pays des extrêmes  Chili  Rapa Nui" est déjà présent sur mon site www.calamasol.fr et l'émotion ressentie à la vision de tous ces ouvrages me laisse rêveur...

Recevrai-je ces livres tant chéris avant mon prochain envol ? Rien n'est moins sûr, celui-ci intervenant dans un peu moins de trois jours, et nous sommes en week-end.
Mais envol vers où cette fois... ?

Une fois de plus vers une destination aussi étrange qu'improbable, située en ligne droite à quelques huit mille kilomètres plein sud (pour sa capitale, Windhoek), la Namibie.
Pourquoi ce pays ? A cela, plusieurs raisons bien sûr.
Cette "envie" remonte à plusieurs années, suite d'abord à deux voyages effectués en Afrique du sud en tant qu'accompagnateur de groupes et qui m'avaient également permis d'aller jusqu'aux chutes Victoria au Zimbabwe. Lors du premier voyage, j'avais eu la chance d'être à la place de droite - celle du copilote - dans un petit bimoteur, ce qui me permit de jouir d'une vue exceptionnelle. Nous avions survolé l'est du Botswana, pays qui ne me disait pas grand-chose à l'époque, si ce n'était par l'existence du delta de l'Okavango. Prenant une carte en main, je découvris alors ce pays qui m'était totalement inconnu, la Namibie, à l'exception de sa légendaire Skeleton Coast. Plus jeune, un autre nom de cette contrée avait déjà attiré mon attention, le Kalahari, une zone particulièrement aride mais surtout la plus grande étendue de sable au monde. On devinera enfin sans peine, au vu de mes récents voyages, avec notamment la découverte du fabuleux désert d'Atacama au nord du Chili, ce qui me fit définitivement opter pour ce pays peu connu dont la surface fait une fois et demie la France. D'autant qu'il recèle le plus ancien désert de la planète, celui du Namib, son origine remontant à quatre-vingt millions d'années.

Me voilà donc en route pour une prochaine aventure, toute aussi riche, je n'en doute pas, que celles vécues en Asie centrale ou plus récemment, donc, vers le Chili, avec cette Patagonie qui est loin de m'avoir laissé indemne, comme j'ai largement tenté de le prouver au cours du long chapitre consacré à cette région dans mon dernier ouvrage.
Ukukubona !
("A bientôt", sauf erreur, en zoulou/khosa !)


vendredi 17 juillet 2015

Balbec

En cette fin de matinée, alors que je m'approchais de la plage, bordée par cette promenade aux balustres de ciment qui s'étirait paresseusement depuis plus d'un siècle le long de coquettes villas, je découvris la mer. Elle avait une teinte étrange mais non moins envoûtante, un jade clair, légèrement jaspé par endroits. Des mouettes plongeaient brutalement dans l'onde en quête de nourriture, perçant ce voile quasi immobile. De loin, les traces laissées faisaient songer à de grosses gouttes de pluie s'écrasant sur un sol détrempé lors d'un orage. Mais le ciel était clément, juste grisé, nuées vaporeuses qui laissaient augurer, avec le changement de marée, un bel azur pour le reste de la journée.

Balbec, le Cabourg de Marcel Proust, sans doute l'un des plus grand romanciers de la littérature mondiale (cf. Cerveau & Psycho, juillet-août 2015), cet écrivain déjà évoqué lors de précédents billets. Mes trajets en ce début de vacances allaient me conduire jusqu'à cette jolie station du Calvados. Je rêvais depuis longtemps de la découvrir à nouveau, fort de cette relecture d'A la recherche du temps perdu initiée il y a quelques mois avec autant de passion et d'émotion qu'un demi-siècle plus tôt.
Je voulais notamment me rendre à l'Hôtel de la Plage, devenu depuis Grand Hôtel, ce lieu mythique où l'écrivain se rendait chaque été en compagnie de sa grand-mère. Il y écrivit la plus grand partie de son oeuvre magistrale.

Ayant arpenté, lentement, dans le sens ouest-est la belle promenade, m'arrêtant de temps à autre sur des bancs de bois pour mieux me pénétrer de cette ambiance si particulière, pour mieux "m'immerger" dans ce fabuleux monde proustien, je finis par pousser la porte tambour qui permettait d'accéder au grand hall de l'hôtel. Ce fut comme si j'entrais dans un lieu familier, bien que l'émotion ne tardât pas à me gagner lorsque j'aperçus derrière les immenses portes vitrées les deux grandes salles du restaurant si fréquemment décrites.
Je m'assis dans un profond fauteuil de velours cramoisi, à l'un des coins de la vaste réception. De là, je pouvais savourer à loisir toute l'architecture, magnifiquement restaurée et conservée, esquisser un sourire devant le ballet silencieux du personnel, davantage encore en apercevant le responsable des lieux qui ne devait pas, quant à lui, écorcher les noms ou certaines expressions comme son prédécesseur du siècle dernier.
Immobile, mes yeux scrutaient les moindres détails, les gestes des garçons qui préparaient les tables pour le déjeuner, le sourire de la jeune hôtesse à l'accueil, les clients aussi qu'il suffisait d'habiller autrement pour les replacer dans l'époque, les visages ne devant être guère différents. Je me penchais enfin légèrement pour deviner la cage d'ascenseur, qui n'avait plus son liftier, me remémorant quelques savoureux souvenirs rapportés finement par l'auteur de Sodome et Gomorrhe.
 Enfin, je tâchais de retrouver, mais vainement, dans une adorable jeune fille qui aurait pu traverser le hall aux piliers majestueux, la fameuse, l'aimée puis redoutée Albertine, l'une de ces jeunes filles en fleurs, à jamais disparue...

Puis je quittai ces lieux magiques, me promettant d'y revenir le lendemain, en fin d'après-midi, pour y prendre un verre. Ce que je fis.

Au dehors, revenant sur mes pas le long d'une promenade partiellement inondée d'un soleil tout neuf, je tentai de retrouver ces jeunes filles en fleurs qui déjà, dans ma lointaine jeunesse, m'avaient tant fait rêver.

vendredi 3 juillet 2015

Québec, oh oui !

J'ai mis les pieds pour la première fois au Québec en 1998. J'allais terminer l'année en compagnie de ma fille aînée qui y passait une année d'études. Je savais ce pays froid, glacial même, mais à mon arrivée, pas ou si peu de neige. Mais le froid était bien là et c'est tout en haut du Mont Royal, à Montréal, que je subissais les températures les plus polaires que j'eusse jamais connues. Durant la nuit de la Saint-Sylvestre une impressionnante tempête de neige, du moins pour un européen de l'ouest, s'abattit sur la ville qui se retrouva à l'aube de l'année nouvelle, avec un magnifique ciel bleu, enfouie sous un épais manteau d'un blanc immaculé.

Cette fille aînée suscita des envies, et ma troisième fille décida elle aussi de partir faire une année d'études au pays des iroquois. C'est en plein hiver également que j'allai lui rendre visite. Puis j'y retournai quelques mois plus tard avec sa sœur cadette. A chaque occasion, j'en profitais pour découvrir plus en profondeur cette belle province : le parc du Mont-Tremblant, celui de la Mauricie, remontant le Chemin des Patriotes jusqu'à Sorel, le tout dans une campagne englacée et des cours d'eau intégralement gelés. Quelle beauté ! Bien sûr, je poussai à chaque fois jusqu'à la ville de Québec, que j'appréciais de plus en plus. Une grande petite ville, entourée de forêts et bordée par ce fleuve majestueux, le Saint-Laurent. J'admirai la vieille cité, en dépit d'un blizzard cinglant qui s'engouffrait dans les rues étroites et m'extasiai face à la chute Montmorency, entièrement gelée, plus haute que celles du Niagara, ce qu'on ignore généralement.

Les années passèrent, mais les expériences des plus âgées donnèrent des envies aux plus jeunes, En l'occurrence à ma quatrième fille qui, après deux séjours étudiant à l'Université Laval de Québec, se décida pour se lancer dans un doctorat au sein de cette même université qu'elle affectionne tout particulièrement. Qui sait d'ailleurs si ses neveux et nièces n'auront pas un jour envie de traverser à leur tour le grand océan pour perpétuer cette tradition ?

Je reviens d'un séjour de deux semaines chez elle, mais en été cette fois. Quelle différence ! Sans pour autant préférer l'une ou l'autre saison, si différentes, chacune ayant leur charme. En attendant bien sûr de découvrir lors d'un prochain voyage le fameux été indien.
Bien sûr, la neige avait disparu, et la végétation semblait s'en être donné à cœur joie, profitant de ces courtes semaines de répit pour devenir verdoyante, exubérante, magnifique. J'ose dire que j'ai une préférence pour cette ville au cachet si particulier, dont les "faubourgs" - ceux où réside ma fille,  Sainte Foy, - donnent l'impression de se retrouver à la campagne, à moins d'une demi-heure en bus du Vieux Québec. Même impression pour l'université située dans un incroyable écrin de verdure. Enfin, pour terminer cette première partie de billet, n'oublions pas de mentionner l'extrême gentillesse, l'amabilité et l'accueil si chaleureux de nos "cousins" !

Oui, Québec, la ville de Québec et ses alentours m'ont séduit, plus que je ne le pensais.

Suggestion de circuits

Aussi, à l'intention de ceux qu'un tel voyage - je parle ici de la période estivale - attirerait, le voyageur infatigable que je suis se permet de suggérer le parcours découverte suivant qui, sur une période de quinze jours, est tout à fait réalisable.
Une arrivée à Montréal est incontournable et, selon la durée du séjour, un minimum de deux jours sur place est indispensable. Prévoir ensuite la location d'une voiture, sachant que si la conduite est comme chez nous, la plupart des véhicules sont avec boîte automatique.
Pour gagner Québec, prendre la route sur la rive droite du fleuve (N° 20).
Les guides (style Michelin) sauront vous conseiller sur les sites incontournables à faire dans la ville de Québec, sans oublier la chute Montmorency, déjà citée (à faire d'en haut comme d'en bas). Une mention toute particulière pour la visite de la bourgade de Lévis, juste de l'autre côté du fleuve, à laquelle on accède en empruntant le traversier (vues inoubliables !).

La côte de Charlevoix "vaut le voyage", Elle est absolument splendide. De Québec à Tadoussac (route 138), vous passerez par Baie-Saint-Paul, de toute beauté, avec ses jolies maisons et ses grèves sauvages donnant sur le fleuve et où l'on peut pique-niquer. Poursuivre en découvrant les Éboulements, vestiges spectaculaires d'un cratère formé par la chute d'une météorite il y a très longtemps ainsi que par un violent tremblement de terre survenu au XVIIe siècle. Port-au-Persil, à deux kilomètres sur la droite après avoir quitté la route principale, un vrai petit bijou de la nature ! Poursuivre et s'arrêter au domaine Forget, une splendeur !
Etape possible à La Malbaie où je recommande chaleureusement l'Auberge de La Châtelaine, reprise par un couple de français il y a quelques mois. Cette demeure de la fin du XIXe siècle, donnant sur la baie, est décorée avec charme et les petits déjeuners maison sont somptueux et délicieux !

A Baie-Sainte-Catherine, prendre le bac (traversier) qui permet de franchir le fjord Saguenay pour rejoindre Tadoussac, puis suivre la route 172 pour rejoindre Chicoutimi/Saguenay, non sans faire un arrêt à Sainte-Rose-du-Nord. Envisager alors un tour du lac Saint-Jean par la 169 nord (belle promenade possible dans le Parc de la Ponte-Taillon) avec une étape conseillée au bel hôtel de la Boréalie à Saint-Félicien, en tâchant d'avoir une chambre de plain-pied donnant sur la rivière Ashuapmushuan. Retour à Québec, toujours par la 169 (devenue sud), en traversant les  grandioses Laurentides.

Une dernière suggestion, au départ de Québec, le tour de l'île d'Orléans (67 kms). En privilégiant la route sud, avec un arrêt incontournable à Sainte-Pétronille qui offre une vue exceptionnelle sur la ville de Québec et la séparation du Saint-Laurent en deux bras.

Espérant avoir convaincu le ou les voyageurs anonymes qui reviendront en Europe les yeux pleins de merveilles et l'esprit riche en souvenirs !

vendredi 5 juin 2015

Au fil de mes lectures...

Les livres ne cessent de m'entourer.
D'abord sur diverses tables en attendant d'être lus, puis à portée de main (il y en a au moins trois voire quatre) lorsqu'ils sont en cours de lecture, l'un d'eux me suivant partout lors de mes déplacements dans la grande ville. Ils finiront par rejoindre les rayonnages déjà bien remplis de mes bibliothèques. Mais il y a toujours non loin un crayon ou un stylo pour noter, souligner quelques phrases, passages que je ne souhaite pas oublier et qu'il m'arrive soit de relire par la suite, soit d'aller rechercher lors de la lecture d'un ouvrage ultérieur sur le même sujet, soit enfin, ce qui n'est pas sans engendrer quelque surprise, de comparer ces annotations à celles plus anciennes quand il m'arrive de relire des livres déjà lus plusieurs années auparavant. C'est ainsi le cas actuellement de ceux de Michel Foucault et de Marcel Proust dont j'ai entamé la relecture de A la recherche du temps perdu près d'un demi-siècle plus tard !
Aussi, au hasard de mes lectures en cours, j'ai relevé ces trois extraits :

- "Notre cerveau dispose d'une extraordinaire plasticité qui rend de nouveaux apprentissages possibles quasiment sans limite."  Yvanne Wiart, Cerveau Psycho, juin 2015.

- ""S'étonner, apprendre, prendre conscience". Les trois mots-clés du voyageur authentique, les trois consignes qu'Annette Laming-Emperaire observe sans fléchir."  Philippe Grenier dans sa magnifique anthologie des récits de voyage en Patagonie  Histoires du boute du monde,  Editions Nevicata, 2013.

- "Il est remarquable de constater que nous sommes capable de raconter l'histoire de l'Univers depuis des milliards d'années, mais tout cela ne signifie évidemment pas que l'Univers aurait été créé il y a un peu plus de 13 milliards d'années. Nous savons simplement que l'Univers a connu un moment où la densité et la température étaient si élevées que les lois physiques que nous connaissons ne permettent pas de comprendre ce qui s'est passé. Laissons à nos successeurs le soin de remonter encore plus loin dans le passé, si tant est que cela soit possible et ait un sens." André Brahic, Bradford Smith, Terres d'ailleurs, Odile Jacob, avril 2015. André Brahic est le découvreur des anneaux de Neptune.


Appendre, découvrir, s'enthousiasmer, transmettre...

samedi 2 mai 2015

Passé recomposé.

"Sur les plages de l'histoire les vagues de souvenirs anciens ont dessiné des arabesques d'argent où se reflètent les mirages de l'avenir."

Il est des voyages qui s'apparentent à des remontées dans le temps. Celui que je viens d'accomplir est de ceux-ci, sans pour autant qu'il m'ait été besoin de partir loin... sauf en nombre d'années, un demi-siècle !
Il y a longtemps que je désirais remettre le pied sur cette île de l'Atlantique, Oléron. En 1954, mes parents nous y emmenèrent en vacances, ma sœur et moi, probablement conseillés en ce sens par nos nos nouveaux voisins, ceux qui logeaient juste au-dessus de l'appartement parisien dont nous avions pris possession à peine deux ans plus tôt. Le Logis des Dunes, dans le petit bourg de Domino au nord-ouest de l'île, à quelques centaines de la plage et de ses dunes sauvages, nous accueillit deux étés durant. Puis nous nous rapprochâmes de ces voisins qui possédaient une antique et typique demeure, sans trop de confort, dans le tout petit village de Chaucre situé à deux kilomètres. Là, des années durant, en été, comme aux vacances de Pâques, nous revînmes souvent. Là, des souvenirs - et quels souvenirs ! - vinrent se constituer, s'accumuler, s'engranger dans ma petite tête de gamin qui n'avait pas encore dix ans.

Ils étaient donc là ces souvenirs empilés, plutôt bien rangés, certains encore vivaces, d'autres ne nécessitant que le petit coup de pouce, la madeleine proustienne (le hasard d'ailleurs faisant qu'au même moment j'avais entrepris de relire l'oeuvre du grand écrivain qui m'avait déjà tant enchanté dès mes dix-sept ans), pour être réactivés. Je retrouvai ainsi sans difficulté cette "Maison Pantalon", si photographiée depuis et dont les multiples clichés ont fait le tour du monde, ayant même la chance de la retrouver habitée en cette période de vacances par le fils de nos voisins qui me reconnut aussitôt. Mais aussi le Logis des Dunes, hélas en totale décrépitude, délabré et tagué, toujours tristement debout. Enfin, ces plages immenses, bordées de dunes sur lesquelles j'aimais tant grimper puis, une fois le sommet atteint, me jeter dans le vide - de quelques mètre seulement ! -, face à l'océan aux teintes inégalées. Parcourir aussi, tel un trappeur, ces forêts de pins et de taillis de chênes verts, montant aux arbres, imaginant et vivant plein d'aventures. Arpentant sous un soleil généreux, tandis que la mer se retirait, ces plages sans fin, j'avais l'impression ô combien étrange que la grève blonde qui se découvrait peu à peu laissait progressivement émerger tous ces riches et lointains souvenirs.
En fin de journée, l'émotion gagna un cran lorsque, grâce à ce voisin ami à qui j'en évoquai le souvenir que je croyais pourtant à jamais enfoui, je pus retrouver cette femme qui, cinquante ans plus tôt, avait été sollicitée par ma mère. Elle lui avait proposé de venir s'installer chez nous, comme "nounou" dirions-nous aujourd'hui, car notre jeune frère allait naître. Elle resta dans l'appartement plus de deux ans. Elle s'appelait Madeleine. Elle me reconnut sans trop de difficulté, tout comme moi. Elle avait gardé son joli visage malgré ses rides. Elle allait fêter avant l'été ses quatre-vingts ans...

Oui, quelle remontée dans le temps. Qui sait, peut-être, matière à écrire un petit récit, où je reprendrais également ceux, non moins riches, de mes longs séjours chez ma grand-mère paternelle dans le petit village du Châble, au pied du Salève, à deux pas de Genève ? Si Oléron me donna sans doute le goût, l'amour immodéré du sable, des dunes, des futurs déserts, Le Châble me rendit amoureux à tout jamais de la roche, de la montagne. Probablement faut-il trouver dans ces deux endroits magiques les deux creusets fondamentaux qui me firent partir des dizaines d'années plus tard vers les étendues désolées mais ô combien fascinantes d'Asie centrale et, plus récemment, de cet inoubliable pays des extrêmes, le Chili.

"Sur les plages de l'histoire, les vagues de souvenirs anciens..."


lundi 6 avril 2015

Des Neurones enchantés à L'Art de la fugue.

Voilà un titre bien étrange, j'en conviens, mais on sait également que l'on peut s'attendre à tout venant du signataire !

Un récent article paru dans Cerveau Psycho, magazine bimestriel particulièrement intéressant, porte à ma connaissance un livre, j'ai presque envie d'écrire une "partition à six mains", paru chez Odile Jacob et dont le titre constitue la première partie de ce billet. Plusieurs indices ont contribué à attirer mon attention. Le mot neurone bien sûr, suite aux nombreux cours de Stanislas Dehaene souvent évoqués sur ce blog. Le sous-titre du livre également Le cerveau et la musique, quand on peut savoir à quel point la musique fait partie de ma vie, et ce depuis l'âge de mes dix ans lorsque l'on m'offrit pour Noël mon premier électrophone accompagné d'un microsillon, Le carnaval des animaux de Saint-Saens, qui fut suivi de dizaines et de dizaines d'autres, achetés, offerts ou provenant d'une discothèque municipale. La musique m'est indispensable et sans elle j'aurais l'impression que le monde est bancal, dénué de sens, privé d'émotion, terne.
Les auteurs également, principalement l'un d'eux, dont j'avais déjà lu beaucoup d'ouvrages, certes complexes (mais auxquels je finis par m'accoutumer, reliant entre eux les différents enseignements puis finissant par les acquérir), Jean-Pierre Changeux, éminent neurobiologiste, professeur honoraire au Collège de France et qui fut le maître de Stanislas Dehaene. Puis Pierre Boulez, quatre-vingt dix ans depuis peu, chef d'orchestre, compositeur, fondateur de l'Ircam, et qui a occupé lui aussi une chaire au Collège de France. Philippe Manoury enfin, compositeur et professeur émérite de l'Université de Californie à San Diego.

Inutile de dire que ce livre m'a fort intéressé, même si je dois reconnaître que ma méconnaissance totale de la technique musicale et de termes comme harmonie, hauteur de notes, intervalles, accords et tant d'autres plus ou moins savants m'ont empêché de tout saisir des propos des deux musiciens. J'ai également été très attiré par la notion de genèse d'une oeuvre artistique, qu'elle soit musicale, du domaine de la peinture et surtout, alors que je viens tout juste de terminer mon livre, de celui de la littérature. La première page de ce livre est d'ailleurs remplie d'annotations et de renvois. J'en citerai quelques uns :
- Le cerveau est constamment actif, même au repos.
- Le travail du créateur, ce "bricolage" d'objets mentaux anticipant la réalisation de l'oeuvre.
- On ne fait rien d'autre que de puiser dans sa mémoire.
- Ce moment initial de l'invention est celui qui demeure sauvage, imprévu. (Pierre Boulez)

Quant à L'Art d la fugue ? Si ma mère nous habitua très tôt à appréhender ce grand compositeur, elle qui d'ailleurs participa à de nombreuses chorales notamment à Chaillot, je dois avouer que je ne pus saisir la grandeur incomparable de son oeuvre qu'au début de mon âge adulte. Mieux. Ce fut au travers du génial Glenn Gould que je fus capable d'en savourer enfin toute l'immensité. J'écoute régulièrement les Variations Goldberg, ainsi que d'autres pièces pour piano et suis en mesure de reconnaître presque à coup sûr le pianiste canadien. J'avais, dans le passé, été fort intrigué par un film passé sur Arte et traitant des origines du temps et dont les acteurs principaux tenaient les rôles de Stephen Hawking, Roger Penrose, ainsi que ceux de Penzias et Wilson qui furent à l'origine de la découverte du fond diffus cosmologique. Au début, Penrose nous fait écouter L'Art de la fugue, dont le dernier morceau s'arrête net, ce qui intrigua et intrigue encore beaucoup de monde.
Curieusement, le livre dont je viens de parler débute avec une évocation de cette oeuvre inachevée. Je n'ai pas tarder à me la procurer, et depuis deux jours, je ne cesse de l'écouter, tout en écrivant ou en lisant. Je ressens une véritable jouissance au niveau de mes neurones !

lundi 30 mars 2015

Le temps d'écrire ; un temps pour écrire.

Débuté en décembre 2014, le nouveau livre que j'écris actuellement - et qui sera le septième depuis 2010, qui aurait pu imaginer cela au départ ! - touche à sa fin. Je vais en entamer le dernier chapitre, celui consacré à Rapa Nui, autrement dit l'île de Pâques.
Pour être tout à fait franc, je l'avais commencé avant le départ, en octobre, comme cela m'arrive souvent de le faire lorsque je m'apprête à faire un nouveau voyage. En effet, un fois arrivé sur place, je risque, presque à coup sûr, de ne plus être capable de me souvenir de la façon dont j'imaginais le pays "avant", c'est-à-dire tel que je me le représentais, le rêvais, l'idéalisais même. Il importait donc que je laisse une trace préalable de ma représentation du Chili, tout comme de de l'île de Pâques, avant que l'un comme l'autre ne soient définitivement recouverts par les images réelles.

Durant tous ces mois j'ai donc passé beaucoup de temps à écrire. Le jour - jusqu'à six heures d'affilée ! - parfois la nuit, lors d'insomnies qui me faisaient nettement comprendre qu'il était temps que j'aille chercher mon ordinateur pour retranscrire sur l'écran toutes ces phrases que je composais mentalement et que je risquais de ne plus retrouver à l'identique le lendemain matin. Ce qui ne faisait d'ailleurs que me confirmer une fois de plus l'immense capacité d'activité inconsciente de notre cerveau.
Ce temps d'écrire m'empêchait donc de consacrer du temps pour écrire, pour écrire ces billets qui, depuis plus de sept mois désormais, viennent alimenter ce blog. Certes, je ne suis pas resté muet pendant toute cette période, mais ces dernières semaines, davantage accroché, captivé par l'écriture de ce livre en devenir, je suis conscient d'une certaine "absence" !

Mais il faut aussi avouer combien cette phase de création est exaltante à plus d'un titre. Combien est fort, puissant, magnétique ai-je envie de dire, ce moment où je m'assois enfin à ma table ! Combien est étonnante, stupéfiante cette conjugaison de l'activité mentale, celle de mon cerveau, et celle, purement physique, mécanique de mes doigts qui frappent sur les touches, engendrant ces phrases qui viennent se former presque toutes seules sur l'écran ! Je ne cesse, et ne cesserai jamais d'être en admiration devant ce processus de création, de génération, comme s'il existait, perception toute récente, deux individus, lui et son double, l'un simple acteur, l'exécutant, l'autre, à la fois invisible mais indispensable, à l'origine du texte, de sa composition en phrases, en paragraphes, maître de sa musique, de son rythme, rendant le tout parfaitement et magnifiquement cohérent.

On pourra donc comprendre que je ne puisse parvenir à me libérer de cette folle passion qui m'étreint, craignant trop de perdre le fil du récit qui se construit, s'élabore au fur et à mesure. D'autant qu'une fois que je cesse d'écrire, souvent épuisé mais pleinement heureux, la tête fiévreuse, il ne m'est plus guère possible de venir composer, comme ici cette nuit, un autre texte.
Pourtant, comme pour me faire mentir, force est de constater que ce petit billet nocturne est quand même parvenu à voir le jour. Je n'en suis que plus heureux, humblement, vis à vis de mon (ou mes) lecteurs anonymes !