lundi 1 août 2016

Gaspésie, oh oui !

Voilà bientôt vingt ans que je connais le Québec, y allant plus ou moins régulièrement, suivant en ce sens les destinées universitaires de mes filles (voir à ce propos mon billet du 3 juillet 2015). J’avais peu à peu réussi à en connaître les principaux sites incontournables (à l’exception du grand nord bien sûr) que j’avais tous appréciés en hiver ou en été selon les périodes où je m’y rendais. J’étais à chaque fois tombé sous le charme de cette nature vaste, presque sans fin, aussi belle sous la neige que sous les chauds rayons du soleil de la belle saison. Les villes, grandes ou petites, également, tout comme ces petits villages collés le long des routes, avec leurs fermes colorées immanquablement flanquées de leurs silos à céréales.
Mais il me manquait encore une région, et non des moindres, classée systématiquement trois étoiles dans les guides, et que je n’avais toujours pas découverte, la Gaspésie, cette longue et large péninsule dont la superficie équivaut à celle de la Belgique. Elle est bordée au nord par le Saint-Laurent, de plus en plus large, au sud par la Baie des Chaleurs (qui s’ouvre sur l’immense golfe du Saint-Laurent) ainsi dénommée par Jacques Cartier en raison de la brume qui la recouvrait et qu’il pensait due, par erreur, à  la chaleur de l’eau. Et c’est sur l’initiative et l’invite de ma quatrième fille que je m’envolai mi-juillet pour un nouveau séjour d’une dizaine de jours vers la ville de Québec où elle réside. Aussi, ce billet sera-t-il principalement une suggestion de circuit tel qu’elle a su le préparer, avec goût et intelligence, s’évertuant à limiter le nombre de kilomètres journaliers de façon à nous permettre de savourer tranquillement les endroits qu’elle avait identifiés sur la carte ou qu’on lui avait recommandés. D'autant qu’elle avait déjà eue l’occasion d’en voir une partie l’année précédente en compagnie de quelques amies de la faculté dont l’une était précisément originaire d’une des bourgades par où nous allions passer, Carleton.
Alors, si le cœur vous en dit, suivez-moi ou plutôt, suivez nous !


Un circuit en Gaspésie

Il faut considérer un minimum de 8 jours au départ de la ville de Québec. Le tour de la Gaspésie, que nous avons fait en débutant par la côte sud (du moins après avoir remonté le fleuve jusqu’à Rimouski, puis obliqué à Sainte-Flavie pour traverser la péninsule, longeant le lac Matapédia puis la rivière éponyme jusqu’à la frontière avec la province du Nouveau-Brunswick), remontant ensuite par la côte nord après le Cap-des-Rosiers, représente en effet un circuit d’un peu plus de deux milles kilomètres. En ce sens, les deux plus longues étapes (en majorité sur la Transcanadienne 20, autoroute à quatre voies, gratuite, limitée à cent kilomètre/heure maximum) sont d’un peu plus de trois cent kilomètres chacune. La ville de Rimouski peut être considérée de ce fait comme le point de départ du « grand tour » et que nous avons préféré, tant l’un que l’autre, faire dans ce sens plutôt que dans l’autre (côte nord puis côte sud).

Avant d’arriver à cette ville, du nom de la rivière au bord de laquelle elle s’est établie, la visite de notre premier parc national, celui de Bic, situé à quinze kilomètres en amont, faisait partie de notre programme et nous avions même prévu d’y déjeuner. Il convient d’y entrer, venant de l’ouest, par le « Chemin de la Mer », puis d’en ressortir au niveau du secteur « Rivière-du-Sud-Ouest ». Par une randonnée dans un joli sentier en forêt de deux heures environ, on atteint le pic Champlain, falaise quasi verticale appartenant aux plissements appalachiens, d’où l’on a une vue sur 180 degrés sur le Saint-Laurent – dont l’estuaire mesure désormais plus de trente kilomètres de large ! – et les presqu'îles du parc. Reprenant la voiture, une courte escale à la pointe des Épinettes peut permettre, si l’on a de la chance, d’apercevoir des phoques ! Le décor, minéral et marin à souhait, est sublime. Enfin, la route de sortie offre d’autres panoramas non moins splendides. Ce parc est à ne pas manquer !

Rimouski, une belle ville comme première étape. La balade sur la promenade le long du Saint-Laurent  en fin de journée puis au coucher du soleil après un agréable repas dans l’un des nombreux restaurants jalonnant la rue principale est de toute beauté. À marée basse, des rochers semblables à de gros galets  polis et arrondis se découvrent et paraissent comme posés délicatement sur un tapis d’herbes vertes aux longues tiges que la marée haute cache à la vue. Ne pas manquer de monter sur la petite terrasse où est installé un curieux marégraphe et de jouir d’une vue magnifique. Il nous a été dit au retour que le magazine National Geographic avait classé en cinquième rang au monde les couchers de soleil de Rimouski !

Poursuivant depuis Sainte-Flavie la route 132, le paysage change subitement car nous avons quitté le grand fleuve. Ce sera la traversée des Monts Notre-Dame, longue chaîne qui coupe d’est en ouest la Gaspésie (à ce propos il convient de préciser que ce mot vient de Gaspé qui tire son nom du terme micmac « gespeg » signifiant « fin des terres »), royaume de la forêt, de la nature sauvage, des rivières et des torrents, riche en animaux de toute sorte, ours et orignaux y compris, sans oublier les saumons signalés dans pratiquement toutes les rivières que nous avons traversées ! Un court arrêt permet d’admirer le lac Matapédia, longue échancrure au milieu d’une épaisse forêt, puis de longer la rivière émissaire qui se jette dans le tout début de la Baie des Chaleurs. À mi-chemin environ, sur la droite de la route, un fort joli pont couvert en bois, peint de rouge vif  extérieurement, permet de la traverser. La jolie route longe ensuite cette baie, au début sorte de marécage peu profond puis qui s’ouvre progressivement au-delà de la ville de la province voisine, Campbellton.

Carleton, au pied du Mont Saint-Joseph qui culmine à 555 mètres, est de toute beauté. Une longue et étroite bande de terre, à l’extrémité de laquelle est érigé un joli petite phare en bois peint de rouge et de blanc, permet d’avoir une vue générale sur cette petite station balnéaire, le mont qui la domine, et le barachois, cette sorte de lagune-marais séparée de la mer par une étroite frange sablonneuse, souvent un paradis et un refuge pour les innombrables oiseaux. Si le temps le permet, et surtout depuis le sommet du mont que l’on peut atteindre en voiture (parking gratuit le soir pour cette vue unique !), on peut apercevoir l’île aux Hérons. Ma fille avait réservé une chambre dans un chalet absolument splendide, tout en bois, juste sous le mont. Depuis la magnifique terrasse, assis confortablement dans une jolie balancelle, la vue « imprenable » était à couper le souffle (et là je ne parle pas de la violente tempête qui, quelques années auparavant, avait couché ou déraciné une grande quantité d’arbres ; mais le chalet avait tenu !). Un Aibnb particulièrement sympa !. De même la microbrasserie Le Naufrageur est une halte bien agréable en fin de journée !

Étape suivante, Percé, l’une des deux extrémités de la péninsule gaspésienne. Si le trajet  peut paraître long en nombre de kilomètres, il est largement compensé, pour peu que le soleil brille et que la brume souvent présente ne masque pas le paysage, par des décors sublimes, la 132 longeant la mer la plupart de temps. Les teintes dominantes sont le bleu de la mer et du ciel, le vert des prairies, et le blanc ou le rouge, voire le jaune ou l’ocre des jolies fermes au bord de la route. Les plages de sable grossier ou de galets sont souvent entrecoupées par des falaises rocheuses aux nuances brique surprenantes où viennent se nicher de nombreux oiseaux, principalement des mouettes, des goélands, des plongeons et surtout beaucoup de cormorans. Ne pas manquer de faire un arrêt pour suivre le sentier pédestre menant à la Pointe-aux-Corbeaux (court et facile). Avant d’arriver à Hope, sur la commune de Paspébiac-est, se diriger vers la mer, se garer, puis suivre le balisage.

L’approche puis l’arrivée à Percé est et restera inoubliable. La photo du fameux rocher percé, trou béant sous une falaise verticale, île qui ferme la baie côté nord est visible dans tous les guides et sur tous les sites. Cette île, tout comme celle de Bonaventure et la petite station balnéaire valent à elles seules un voyage au Québec ! Ma fille m’avait prévenu bien avant le départ, me disant avoir trouvé « LE » gîte le plus exceptionnel. Et elle ne s’était pas trompée. Imaginez un cap (le cap Blanc, du fait de la couleur de la roche car ailleurs elle est plutôt rouge orangé). Celui-ci ferme la baie côté sud. Le Gîte de Capitaine, superbe maison de plain-pied, comme posée sur la pelouse d’un vert cru, domine, séparée par une haie d’arbustes et de fleurs, une seconde pelouse qui se termine presque directement sur une falaise à pic. La chambre retenue avec insistance, dite du commandant, donnait sur les pelouses et l’intégralité de la baie. En face de nous, au-delà des flots bleus, le rocher percé, prolongé de son aiguille ! Il nous fut impossible de fermer les rideaux cette nuit-là ! Daria et Urs, couple originaire de Lucerne en Suisse, nous accueillirent avec chaleur et moult explications. L’apéritif vespéral que nous prîmes tous les deux ce soir-là, confortablement assis dans de gros fauteuils en bois, face à la baie et au rocher, bien vêtus car la fraîcheur se fit rapidement sentir, restera marqué à tout jamais dans nos mémoires. Gîte du Capitaine 10 chemin du Belvédère, Percé. Excellents petits déjeuners maison préparés par Daria. Pour dîner : La Vieille Usine à L’Anse-à-Beaufils, à moins de dix kilomètres avant d’arriver à Percé. Joli petit port, et de très bons fruits de mer. Pensez à déguster la « guédille au homard », succulent sandwich au homard frais !

L’arrivée de la brume !
 Nous fûmes réveillés en pleine nuit par un gros orage et de nombreux éclairs qui s’abattirent sur la région. Le matin, espérant jouir à nouveau de la vue, la brume, un brouillard épais et très dense,  enveloppait tout. On ne voyait même plus les pelouses. Notre projet de croisière pour nous approcher du rocher percé puis gagner ensuite l’île Bonaventure, y débarquer et en faire le tour afin d’admirer l’imposante colonie de fous de Bassan semblait bien compromise. Même l’ascension, en voiture, du Mont Sainte-Anne, pour appréhender la totalité du site, fut impossible. Il ne restait qu’à espérer de meilleures conditions météorologiques pour le lendemain.
Mais les jours suivants, ce ne fut qu’un jeu du chat et de la souris entre le soleil et cette brume, apparemment assez fréquente dans cette région. La raison est due au fait que la température de la mer, même en été, ne dépasse pas quatre degrés, alors que sur la terre celle-ci peut atteindre dans la journée les trente degrés, d’où cet effet de condensation subite et imprévisible.
Le gîte de la veille n’étant plus disponible, nous avons dû déménager pour un autre gîte en ville, en fait une jolie petite demeure près de l’église, entourée d’élégantes prairies bien vertes. Gîte La Rêvasse 16 rue Saint Michel, Percé. Ne pas manquer, par beau temps, d’accéder au Mont Sainte-Anne et de voir également la Grotte.

Le surlendemain la brume était encore présente mais finit par se lever. Heureusement, car c’eut été fort dommage vu le programme que nous avions prévu. Après un copieux petit-déjeuner préparé par notre aimable hôtesse, nous prîmes la route en direction de Gaspé, ville administrative et commerciale sans grand intérêt. Néanmoins, la route côtière depuis Percé est particulièrement pittoresque et offre de beaux points de vue depuis les nombreuses plages où abondent les bois flottés. Une fois la ville passée, celle-ci se poursuit, toute aussi touristique, et s’ouvre sur de splendides panoramas. Elle longe la partie septentrionale de la baie de Gaspé et permet de gagner le parc national Forillon qui mérite absolument le détour. Sa partie sud-est, en direction du cap Gaspé, est payante (tout comme le parc de Bic cité plus haut et le parc de la Gaspésie que nous évoquerons ultérieurement). Le soleil continuait de briller chaleureusement et teintait de façon majestueuse les eaux de la baie. Des vues plongeantes donnaient sur des plages désertes encadrées de falaises où des conifères parvenaient à s’accrocher fermement au mépris de la gravité. Une fois le véhicule garé sur le tout dernier parking, une marche sur un sentier dominant les eaux scintillantes puis se poursuivant dans la forêt, soit un total de huit kilomètres aller-retour (environ trois heures), permet d’atteindre « le Bout du Monde », promontoire en plein vent à 95 mètres au-dessus des flots où est érigé un joli phare en bois peint en rouge et blanc. Le vent, souvent frais, voire froid, y souffle en permanence, mais ce lieu de pique-nique est vraiment extraordinaire. Ne pas manquer de prendre le petit chemin en contrebas à gauche du phare qui donne accès à un belvédère littéralement suspendu dans le vide et d’où la vue est à couper le souffle. On y voit quantité d’oiseaux et de phoques batifolant dans les eaux agitées.
De retour au parking, après avoir eu la chance de voir un paisible et corpulent porc-épic se délectant avec nonchalance des feuilles tendres d’un arbuste, nous reprîmes la voiture pour gagner le secteur nord du parc de façon à accéder au cap Bon-Ami d’où les vues sur la mer et les imposantes falaises sont une fois encore des plus extraordinaires. Enfin, revenant sur nos pas, notre journée se termina par notre nouvelle étape, toute aussi ahurissante que les précédentes puisque une nuit avait été retenue dans le Motel du  Haut Phare, au Cap-des-Rosiers, 1334 route 132 (bons dîners sur place, tout comme les copieux petits déjeuners). Haut puisque avec ses  trente-sept mètres c’est le plus élevé de tout la Canada. Une fois encore, la vue depuis la chambre qui donnait sur la baie et le cap Bon-Ami restera un souvenir marquant. Davantage même le lendemain matin lorsque des bancs de brumes masquaient de temps à autre la baie, donnant au panorama un aspect étrange. Le phare disparaissait lui aussi dans les écharpes de brouillard puis réapparaissait sous les rayons d’un soleil déjà haut.

Ce fut ensuite la route côtière, toujours la fameuse 132. Nous fîmes un bref retour en arrière dans le parc pour aller admirer la Chute, jolie cascade en pleine forêt que l’on atteint par un sentier facile et ce fut en nous y rendant que nous eûmes l’énorme surprise de voir un ours brun traverser paisiblement la chaussée ! Cette 132 longeait d’assez près la mer et parfois nous nous arrêtions pour admirer la côte où de véritables vagues figées de roches, inclinées, aux étonnantes couleurs grise, beige, rouge disparaissaient dans les flots. Des pêcheurs venaient y remonter avec leurs cannes à lancer de beaux maquereaux qui finiraient grillés sur leurs barbecues. Au fond des baies se nichaient de petits villages, parfois de plus grosses bourgades, de part et d’autre d’une rivière qui descendait de la montagne. Des plages de sable gris, aux estrans toujours jonchés de bois flottés, donnaient à ce paysage un aspect quelque peu mélancolique, davantage encore lorsque la brume réapparaissait. De spectaculaires falaises venaient parfois tomber à pic dans le vaste estuaire dont la côte nord demeurait encore invisible. La route semblait bien petite et étroite dans ce paysage grandiose. Oui, la côte nord de la Gaspésie est bien différente de celle du sud.
Nouvelle étape peu après Sainte-Anne-des-Monts, au Cap-Chat, où un nouveau gîte qui dominait la mer nous attendait. Gîte de l’Arc-en-Ciel, 39 rue Notre-Dame. Mais la vue sur la mer, depuis notre chambre ou de la belle terrasse, restait masquée par la brume ce soir-là tout comme le lendemain matin. Ceci n’entama toutefois pas notre bonne humeur, encore moins lors de notre excellent dîner au restaurant Valmont, 10 rue Notre-Dame est, où je me délectais d’une délicieuse poutine aux crevettes de Matane, accompagnée d’une bonne bière pression de micro brasserie !

Le retour s’annonçait peu à peu. Mais auparavant, une visite dans un nouveau parc était prévue au programme, avec deux jolies et courtes randonnées. Depuis Sainte-Anne-des-Monts, la route 299 traverse la péninsule en direction de New Richmond. Au bout d’une quarantaine de kilomètres environ, bifurquer sur la gauche et, après avoir acquis le droit d’entrée, prendre la route 16. À partir de ce point, du moins en suivant le guide visiteur remis à l’accueil, possibilité de faire au moins deux belles randonnées. La première, assez courte (2,5 kms et 95 mètres de dénivelé) permet d’atteindre le très beau lac des Américains, au centre d’un vaste cirque de montagne où se trouvait jadis un glacier. C’est en cet endroit que tombe le plus de neige en  hiver au Québec, plus de huit mètres ! La seconde, plus longue et formant une boucle (4,5 kms et 155 mètres de dénivelé) mène jusqu’au sommet du mont Ernest-Laforce. Jolie balade en forêt, le plus souvent découverte et, dit-on, royaume des orignaux. Mais, vu la fréquentation touristique en été, ceux-ci restent prudemment cachés !
Retour sur nos pas en direction, toujours par la jolie route côtière, vers notre dernière étape, Pointe-au-Père, peu avant Rimouski. Notre dernier gîte, tout aussi bien situé que les précédents, donnait directement sur la plage. La marée était basse et nous sommes longuement restés au chaud soleil de la fin d’après-midi, assis sur des rochers, avant que de nouveaux bancs de brume ne viennent masquer épisodiquement la côte et le large, nous empêchant de distinguer à l’œil nu la rive opposée du fleuve. Mais nous eûmes la surprise de voir quelques phoques s’égayer dans l’eau ainsi que l’ami de notre hôte, Gabriel, faire ses premiers essais de paddle, bien protégé des eaux glacées par sa combinaison. Gîte de la Pointe, 1046 rue du Phare, Rimouski. Pour dîner, se rendre à Sainte-Luce, quelques kilomètres en amont, via la Route des Navigateurs. L’Anse aux Coques, face à la mer, avec son large de choix de plats avec des fruits de mer tout frais !


Le lendemain matin, une fois chassées les dernières écharpes de brume, le soleil nous accompagna généreusement sur notre route en direction de Québec, riches l’un et l’autre de souvenirs durables, de saveurs inoubliables, et amoureux passionnés de cette si belle Gaspésie !

dimanche 15 mai 2016

En route vers les anneaux de Neptune et ses « Terres d’ailleurs »…

Parti pour un voyage intemporel, André Brahic nous a quittés en ce dimanche de la Pentecôte. Trop tôt, toujours trop tôt, pour nous vivants. Je l’avais connu lors d’une – brillante – présentation, il y a quelques années, dans le cadre de Conférences expérimentales organisées par Dominique Bonin de l’ESPCI à Paris.
Plus récemment, il y a un an à peine, je lisais, avec la passion que l’on me connaît, son magnifique livre, co-écrit avec Bradford Smith, Terres d’ailleurs  À la recherche de la vie dans l’Univers. Nous avions, à cette occasion, échangé par mail. Comment ne pas retranscrire ici l’une de ses phrases, tellement optimiste, lui qui rayonnait d’enthousiasme : « Nous avons simplement la chance de vivre à une époque merveilleuse et de connaître des progrès de la science rapides et impressionnants. »
Je reste convaincu que dans ce voyage intemporel qu’il vient d’entreprendre il trouvera la vie…


 (André Brahic avait déjà été évoqué dans l’un de mes précédents billets, intitulé Au fil de mes lectures…, daté de juin 2015.)

mardi 19 avril 2016

Le Temps retrouvé

Le Temps retrouvé, sans doute le plus beau livre de À la Recherche du temps perdu de Proust. Livre qui se mérite, puisqu’il convient de lire auparavant tous les ouvrages précédents de l’auteur, pour qui le souvenir est le mot clé de toute son œuvre. Relu, pour une partie, près de cinquante ans après une première et ô combien heureuse découverte, il m’a fallu, sans me presser, seize mois pour parvenir, non sans quelque tristesse, à terminer cette captivante lecture. Au point même de reculer jour après jour l’issue fatale, que j’avais du mal à accepter, tant je me sentais bien au milieu de ces lignes, de ces phrases colorées, imagées, vibrantes, dont la musique mélodieuse charmait mes oreilles. Ce fut un bonheur durable, une sorte de bien-être que de vivre de concert, de partager avec l’écrivain exubérant cette inépuisable moisson de souvenirs. Tout comme ses descriptions d’une époque à jamais révolue. Comme l’écrit justement Pierre-Louis Rey dans la préface de ce dernier volume (Folio classique) : «  le héros ne vit plus dans le temps, le temps vit en lui. »

Je ne reviendrai pas sur cette magie du souvenir que j’ai en partie évoquée dans de précédents billets. Ce qui m’a en outre interpellé dans ce dernier tome, ce fut de découvrir les interrogations du jeune Proust sur la passion qu’il sentait couver en lui pour l’écriture. Tout comme ses doutes. « Le seul livre vrai, un grand écrivain n’a pas, dans le sens courant, à l’inventer puisqu’il existe déjà en chacun de nous, mais à le traduire. Les devoirs et la tâche d’un écrivain sont ceux d’un traducteur. » (…) « Le style pour l’écrivain aussi bien que la couleur pour le peintre est une question non de technique mais de vision. »


À relire ces phrases pour les partager avec vous, lecteurs anonymes, je ne réalise que trop la dimension exceptionnelle de ce génie de l’écriture, et combien il m’a envoûté, et continuera de me fasciner, de m’enchanter des années encore.


lundi 29 février 2016

Vivre ses rêves

Qui n’a jamais eu envie d’aller au bout de ses rêves ?
                        Oui, jusqu’au bout. Le plus loin, loin possible !

Après avoir arpenté quatre décennies durant cette Terre ô combien magnifique, après avoir porté mes pas presque aux quatre coins de notre planète, tant vers l’est que vers l’ouest, le nord comme le sud, il me reste encore un rêve à réaliser, et non des moindres. Aller jusqu’aux derniers confins du globe, vers ces terres ultimes – du moins où il est permis d’aller –. Distantes de plus de 143 degrés du nord au sud, soit un peu plus de seize mille kilomètres en ligne droite, ces deux régions extrêmes se nomment Svalbard pour l’une et Péninsule Antarctique pour l’autre. Oui, un rêve fou, à peine croyable, mais devenu à présent une réalité. Enfant – je n’avais pas dix ans – je désirai ardemment devenir cosmonaute pour aller « marcher sur la Lune ». Hélas, bien vite, je dus déchanter, ma mère m’expliquant, alors que j’étais en larmes, qu’il ne fallait pas trop rêver et rester un brin réaliste ! Rêver… Mais, à défaut de notre satellite, je pourrais alors « marcher sur notre Terre » ?

Combiner sur une année l’approche du pôle Nord en allant fouler, durant le court été boréal, le vaste archipel du Svalbard et son île principale du Spitzberg, distants du pôle de mille trois cent kilomètres, dépassant ainsi les 78° degrés de latitude nord. Puis, attendant l’été austral, me diriger plein sud, prendre un bateau à Ushuaïa, en Terre de Feu, la ville la plus extrême de l’hémisphère sud, pour traverser le tumultueux Passage de Drake de façon à gagner la Péninsule Antarctique. Vu l’étendue de ce sixième continent et les conditions climatiques extrêmes qui y règnent, il n’est guère possible, à moins d’être chercheur ou scientifique, de s’aventurer au-delà du 65ème parallèle. Si j’ai depuis longtemps largement dépassé les 290° degrés d’est en ouest (ou vice versa), ces 143° degrés nord-sud ne sont sans m’impressionner.

Oui, vivre ses rêves !

Devant moi, tandis que le printemps approche, j’ai de belles semaines avant le premier départ, plusieurs mois avant le second, pour imaginer ce que vont que me révéler ces territoires réputés hostiles, froids, mais surtout, pour le passionné de paysages que je suis, 100% minéral ! Car j’ai une réelle et entière – folle diront certains – attirance pour les décors vides, désolés, austères, ces étendues planes ou montueuses où la matière règne en maîtresse absolue. Déserts de sable, de cailloux ou de roches, dunes fascinantes que l’on désire ardemment gravir pour embrasser ensuite des horizons sans fin. Hauts massifs aux sommets majestueux couverts de neige immaculée où de gigantesques glaciers blancs-bleutés s’accrochent avec autant de noblesse que d’arrogance. Cols réputés infranchissables mais à l’approche desquels des pistes sinueuses, défiant le vide, vous ouvrent de nouveaux panoramas  encore plus fabuleux. Tout cela je l’ai vu, revu, m’en suis gorgé jusqu’à plus soif mais sans jamais m’en sentir blasé, non, jamais. L’ivresse de ces infinis tant horizontaux que verticaux où règnent en majesté la matière brute, le sable blond ou gris, les neiges et les glaces aux teintes iridescentes, ces mondes le plus souvent immobiles et silencieux n’ont cessé depuis mon enfance de m’attirer, de m’émerveiller, de me subjuguer.

Comme il est bon de rêver…et de partager ses songes.


samedi 23 janvier 2016

Trois mois

Trois mois, trois mois déjà depuis mon dernier billet…
Pourtant, ce blog existe toujours et continuera d’être alimenté, nourri de mots, de phrases, de réflexions, de pensées, de partages.
Les tragiques événements survenus à Paris en novembre ne sont pas étrangers à ce long silence. Après le choc, l’effroi, la douleur ressentie, l’incompréhension également, il y eut une longue période pendant laquelle je fus incapable d’écrire le moindre mot. Il y eut ces couchers interminables où je ne parvenais pas à trouver le sommeil tant les rares images que j’avais accepté de regarder ne cessaient de passer en boucle devant mes yeux mi-clos. Puis, quand je finissais par m’assoupir, le moindre bruit me réveillait avec à nouveau ce cortège d’images insoutenables. Enfin, il y avait les miens que je sentais pareillement bouleversés, ébranlés, tourmentés, inquiets dans leur quotidien.
Il m’a fallu des semaines pour retrouver quelque sérénité. Oui, le temps, le temps qui passe.

Mais voilà qu’aujourd’hui je réussis à reprendre le fil, bien que timidement, maladroitement peut-être, de mes billets.
J’ai continué à lire des livres. Je suis parvenu à reprendre l’écriture de cet ouvrage, quelque peu autobiographique, destiné à ma descendance et qui tente de lui expliquer ma soif, mon appétit de connaissances, comme son titre le révélera.
J’ai aussi retraversé un océan, une nouvelle fois, dans les deux sens.
Enfin, j’ai élaboré de nouveaux projets de voyages qui m’emmèneront bientôt jusqu’aux confins de la Terre… Un futur livre est en gestation. Son titre semble d’ores et déjà acquis.

C’est encore l’hiver, une courte vague de froid vient de nous le rappeler. Mais, insensiblement – et la durée des jours s’allongeant nous le prouve – le printemps s’approche. La vie va renaître et nos espoirs tout autant.

I wish you still be here !

"Le temps discipline la douleur, il ne l'efface jamais." (Source)

vendredi 23 octobre 2015

À portée de main…


À portée de main, oui, mais quoi ?
L’Univers, tout simplement !

Je termine, après tout juste trois petites semaines de lecture, ce passionnant récit, ces « expériences de pensée » comme les appelle le brillant et jeune auteur, Christophe Galfard. Et, prouesse supplémentaire, en tout et pour tout, une seule équation, mais la plus connue, la plus universelle E=mc2.
Résumons et « déstygmatisons », ou mieux, dédramatisons ce vaste sujet, ces deux piliers de la science contemporaine que sont la cosmologie et la physique quantique. Mais déjà je vois des mains qui se lèvent, des regards qui partent vers le ciel ! Non, non, je puis vous l’assurer, même si vous n’avez qu’une vague connaissance de ces deux domaines, voire aucune notion, ce voyage « par la pensée » que nous propose l’auteur vous permettra, une fois parvenu à la toute dernière page de ce « livre de voyage », de prétendre avoir une vue plus claire et ô combien plus riche du monde qui nous entoure, de l’infiniment grand jusqu'à l’infiniment petit, jusqu'à des échelles que vous ne vous soupçonnez même pas.
Oui, j’ose le dire, le texte est d’un abord facile, l’accès à ce voyage aisé, surtout accompagné d’une main de maître, à la façon de ces vieux professeurs de notre enfance qui s’assuraient de notre parfaite compréhension avant de passer au chapitre suivant.
                                                         
Avant, vous ignoriez tout du cosmos, jusqu'à ses marches les plus lointaines, et tout autant des briques élémentaires de la matière, celles dont nous sommes constitués. Après, c’est presque avec le sourire, et probablement une certaine émotion, que vous regarderez le ciel nocturne (suffisamment loin de nos villes saturées de lumière), tout comme vous prendrez votre tasse de café en vous demandant pourquoi elle tient dans votre main, tout comme le café à l’intérieur (avant qu’il ne soit trop froid !).

Oui, partez, partez en toute confiance pour ce voyage inédit dont vous serez le passager privilégié !

(L'Univers à portée de main  Christophe Galfard  440 pages)




jeudi 17 septembre 2015

Tangerine Dreams


C’est un phénomène récurrent, curieux, quelque peu dérangeant, non sans charme.
À chaque retour de voyage lointain, surtout lorsque le pays découvert sort des sentiers battus – cette fois la Namibie –, toutes mes nuits, pendant plus d’une dizaine de jours, sont emplies de rêves étranges. Je me retrouve systématiquement plongé au sein des paysages, le plus souvent grandioses et fascinants, que j’ai quittés il y a peu. Et j’ai beau m’éveiller au milieu de la nuit, me lever même, dès que je replonge dans les draps, je suis à nouveau happé par ces panoramas gigantesques et défiant l’imagination.

Cette fois, ce sont les immenses dunes de Sossuvlei, au sud-ouest du pays, en plein milieu de l’imposant parc national du Namib Naukluft Park (le troisième d’Afrique, avec une superficie correspondant à près de dix pour cent de celle de notre pays !), qui ne cessent de m’assaillir. Il faut dire que le décor est unique et la palette de couleurs des plus surprenantes avec une dominante tangerine. C’est le plus ancien désert de la planète, son âge remontant à quatre-vingts millions d’années. Mais laissez-moi vous conter ma découverte de Sossusvlei et vous comprendrez sans doute pourquoi mes nuits en sont hantées.


La veille, j’avais eu la chance de pouvoir survoler, plus deux heures durant, dans un petit avion, une partie de cette vaste région située au sud de Swakopmund et de Walvis Bay. Je n’ignorais rien des teintes extraordinaires dont se parait le paysage, tant à l’intérieur des terres que sur la côte, là où les interminables dunes, blondes en cet endroit, viennent mourir au bord de l’océan, paradis pour les colonies d’otaries à fourrure ou encore les flamants roses qui profitent des rares lagunes.

Le réveil avait eu lieu avant l’aurore, le site ouvrant à sept heures, et les fameuses éminences se trouvaient à plus de soixante-cinq kilomètres du lodge fabuleux où j’avais passé la nuit. Le soleil se levait peu après six heures et ses premiers rayons avaient du mal à percer une brume qui stagnait au pied des massifs de granit aux formes bizarres. Les arbres desséchés tendaient leurs ramures noueuses vers le ciel et l'on pouvait parfois repérer quelques animaux sauvages, oryx, springboks notamment, broutant paisiblement alentour. Une fois la porte d’accès franchie, les premières dunes apparurent au bout d’une quinzaine de kilomètres, sur la gauche d’abord, puis des deux côtés. De véritables collines de sable de plus en plus élevées, tandis que les massifs rocheux avaient fini par disparaître complètement. La piste, goudronnée sur presque tout sa longueur de façon à éviter les nuages de poussière qui auraient pu masquer le paysage (nous n’étions pas les seuls sur cette route rectiligne !), se terminait à quelques kilomètres du site proprement dit. Au-delà, seuls de puissants 4x4 pouvaient s’aventurer car ce n’était plus que du sable.
À mi-chemin, surprise ! Une barrière de brume, nuage blanc, vaporeux mais opaque, flottait dans la vallée formée entre les deux murailles de sable ocre. Elle provenait, comme souvent chaque matin, de l’océan pourtant assez éloigné. Le courant froid du Benguela créait, à l’approche du désert, cette nuée humide, indispensable à la faune et à la rare flore. Je craignais cependant de la voir occulter les plus belles dunes, mais le guide me rassura. D'ici peu, elle s’évaporerait comme par magie. D'ailleurs, il n’était pas rare d’apercevoir, dépassant de lambeaux cotonneux horizontaux, les cimes altières et silencieuses.

Plus l’on se rapprochait du but, plus les dunes s’élevaient pour atteindre, voire dépasser les trois cent mètres d’altitude. Leurs lignes étaient pures, sobres, sublimes de beauté. L’orange tranchait sur un ciel de plus en plus bleu. C’était un émerveillement. J’avais eu le bonheur, par le passé, de découvrir celles du désert de Gobi. Mais, comme bien souvent lorsque nous contemplons les joyaux de la nature, aucun ne se ressemble. Il existe toujours une différence, même infime. Là, un panorama différent, ici une nuance propre, là encore un relief anormal ou inattendu. Le Gobi n’a pas les mêmes teintes de sable, l’approche est sensiblement différente, les cieux sont autres. Et il en est pareillement pour bien d’autres régions désertiques de notre Terre. Après une dernière portion de piste des plus chaotiques, où il eut été imprudent de s’arrêter car l’ensablement du véhicule aurait été fatal, celui-ci s’immobilisa sur un terre-plein calcaire ferme et solide. Face à moi, une des plus hautes dunes, la Big Daddy, dont la crête culmine à 325 mètres. Colossale, majestueuse, solennelle, il fallait une bonne dose d’audace pour oser l’affronter. Allais-je en être capable, moi qui avais tant souffert pour parvenir au sommet de la Khongorin Els en Mongolie, d’une hauteur à peu près équivalente ? La chaleur n’avait pas encore envahi le désert, quelques derniers lambeaux de brume cachaient parfois un soleil timide. Je me lançai.

La montée fut longue, haletante, épuisante parfois. À la différence de la dune mongole que j’avais attaquée de front, bien que par amples zigzag, mais qui m’avait éreintés au plus haut point jusqu'à douter de parvenir à en atteindre le sommet, celle-ci s’attaquait par la crête, étroite bande de sable de trente centimètres de largeur au maximum, avec des à-pics plutôt vertigineux de part et d’autre. Mais je restai confiant, suivant du regard ceux qui me précédaient de quelques dizaines de mètres. Pourtant quel effort que de mettre un pied devant l’autre, davantage lorsque celui-ci glissait sur cette matière instable, meuble, fuyante, reculant même. Là-bas, devant moi, mais loin encore, la cime me paraissait ne jamais se rapprocher. Des haltes de plus en plus fréquentes, un cœur qui battait la chamade, un léger et rafraîchissant zéphyr mais qui, au niveau du sol, soulevait le sable qui pénétrait dans mes brodequins, les alourdissant. Je me donnais, naïvement, des buts, des étapes, un creux dans la dune quelques mètres plus avant, une forme curieuse de la crête. Tout était prétexte pour me faire avancer car je voulais l’atteindre ce sommet. J’évitais même de lever trop haut le regard pour savourer pleinement la vue une fois le défi relevé.

Enfin, au prix d’un dernier effort, à bout de souffle, je me laissai choir. Assis presque confortablement sur ce tas de sable aux dimensions démesurées, je pus enfin jouir d’un spectacle unique. Tout autour de moi, sur 360°, une mer de dunes, des vagues de sable immobiles, à perte de vue, une houle figée. Toutes avaient cette teinte tangerine extraordinaire. En bas, de curieuses cuvettes au fond plat, toutes blanches, vestiges de lagunes anciennes qui parfois, mais si rarement lorsqu'il pleuvait, se remplissaient, avant que l’eau ne finisse par s’évaporer sous les ardents rayons du soleil. Muet, apaisé, calme, je savourais un bonheur indéfinissable. J’avais réussi. Je ne ressentais aucune fierté, juste cette joie intérieure, la même qui souvent me saisit, face à un décor de hautes montagnes,  à un cirque glaciaire, au milieu d’un champ de neige vierge et immaculé, partout où la nature est brute, entière, minérale.

Il me fallait à présent redescendre. Je m’étais déjà interrogé lors de l’ascension car je n’avais aperçu aucune trace de pas ni aucune silhouette sur les flancs du géant. Le guide m’indiqua la grande lagune asséchée en contrebas, vaste surface oblongue et éclatante de blancheur. Oui, mais, comment y parvenir ? Tout simplement,  me répondit-il, en se laissant descendre à pied, et en faisant de grandes enjambées. Et vous entendrez ainsi chanter la dune, ajouta-t-il ! Effectivement. Je me laissai happer par le vide, mais sans appréhension aucune, la gravité et le poids de mon corps m’attirant vers l’éblouissant joyau. En dévalant la pente, le sable que j’entraînais sous mes pas faisait un bruit curieux,  un ronronnement sourd, comme si la dune elle-même m’accompagnait, m’encourageait. Je compris alors qu’aucune trace de pas ne pouvait subsister, le sable en dégoulinant effaçait tout. En me retournant à mi pente, réalisant la taille impressionnante de cette masse pulvérulente, je fus subjugué par la taille minuscule des autres aventuriers qui me suivaient. La dune restait intacte, vierge, avalant, absorbant presque les petits humains que nous étions.

Arrivé au bord du vlei, ce lac immobile à la surface de calcaire et de gypse, il me restait encore pas loin d’un kilomètre pour atteindre l’autre rive. Mais je n’étais pas au bout de mes surprises car surgirent peu à peu  de drôles de formes, sortes de squelettes ou de spectres noirs, plantés à même le sol. Jadis, il y a bien longtemps, une rivière coulait en cet endroit et avait formé des étangs, des marécages. Puis le vent avait soulevé les sables d’or, formant ces dunes prodigieuses. Le cours d’eau fut bloqué et dut emprunter un autre chemin. Les lacs s’asséchèrent, les arbres qui y avaient pris racine moururent, mais restèrent debout, leurs pieds et leurs racines immobilisés pour l’éternité dans cette gangue coagulée. On évalue leur âge à six siècles. Le spectacle que je découvris en me retournant dépassait l’entendement. Ces arbres noir anthracite aux branches dont certaines n’étaient plus que de tristes moignons, surgissant de cette surface figée, d’un blanc étincelant, avec comme fond de décor la dune orange dont la crête se détachait sur un ciel d’un bleu intense, formaient un ensemble quasi mystique.

Comment empêcher son esprit, la nuit, une fois rentré dans son pays, de ne pas repartir vers ces univers fantastiques et replonger dans les Tangerine Dreams… ?


(Ne pas hésiter à aller consulter, via un moteur de recherche, les sites de Sossusvlei et de Namib Naukluft Park)